Tourner la page.

Il y a eu ce garçon qui avec beaucoup de douceur, mais aussi de la fermeté, m’a dit qu’il fallait la tourner cette page. J’ai été touchée, mais aussi surprise. Que ça vienne de lui, qu’il n’y aille pas par quatre chemins. Il a raison, sept mois, c’est long, trop long. Mais comment on tourne la page ?

Est ce que c’est effacer ? oublier ? supprimer un numéro de téléphone ? ou un ami de facebook ? Qu’est ce qu’on fait des souvenirs et des éclats de rire ? Est ce que c’est ne plus se retourner et avancer droit devant jusqu’à trébucher une nouvelle fois ? On parle de temps, mais c’est combien ? Une semaine, un mois, six mois, un an, deux ans ? Ça prend combien de temps pour tourner la page ? Toute une vie des fois ou juste une autre personne. C’est ce que ça lui a pris, une autre personne. Ça m’a pris des kilos en moins, et des litres de larmes, des nœuds à l’estomac et des envies de vomir, et c’est pas encore tout à fait ça. On tourne la page à la mesure des sentiments qu’on a eu ou qu’on a encore. Si j’ai aimé fort, trop fort, il va falloir que je la déchire la page parce que sinon je ne vais pas y arriver ? Et si j’aime encore, est ce que je peux quand même tourner la page ? Et si je n’aimais plus, mais que le manque d’affection et de tendresse le rappelaient à moi ? Est ce qu’il faut vraiment couper tout contact, risquer de perdre définitivement quelqu’un ? Déchirer la page pour la tourner, ça ne me plait pas beaucoup à moi. A quoi bon si c’est pour s’essayer à la recoller une fois qu’on sera prêt. Il y a des pages tournées trop tôt pour l’un, trop tard pour l’autre. Sur la mienne, je crois qu’il y a ma main, pour m’empêcher de relire l’histoire encore et encore, et qui tremble un peu. On y trouve ce goût amer pour ce jamais qui s’est immiscé dans mon toujours, et ces nuits à chercher son corps dans mon lit.  Jusqu’au jour où je pourrai murmurer que tout est terminé, acceptant cette fin que j’aurai apprivoisé. Les souvenirs, ne seront plus que ça. Même le manque de lui aura disparu.

Alors je me suis promis de me le rappeler (et j’ai demandé à Twitter aussi de le faire) tous les jours, à chaque instant. Je m’en suis persuadée, persuadée que c’était la meilleure chose à faire. Pour moi, pour lui, pour ce nous qui une fois fut. Pour honorer ce qu’il est, ce que je suis, ce que j’ai été. Là où la folie n’a plus suffit, là où il reste encore un peu de ses rêves sur mon oreiller, et du rouge à lèvre au coin de sa bouche. Où il reste l’effleurement de ma main sur son torse, et celui de mes doigts dans ses cheveux. Honorer ce passé où nos rêves éveillés n’ont plus suffit, où deux étudiants se sont essoufflés à force de courir après ce je ne sais quoi, qu’ils n’ont pas trouvé.

Il est temps que mon cœur s’essouffle lui aussi, de cet amour un peu trop encombrant, qu’il se laisse bercé par les vents contraires, pour à nouveau trébucher et aimer.

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Ça ne se dit pas je t’aime trop.

Et ça ne se fait pas non plus. Et pourtant.
En ce moment, j’aime trop les pois, et les rayures, et les garçons un peu barbus et je peux écouter la même chanson en boucle pendant des semaines, et quand je crois à quelque chose, j’y crois jusqu’au bout. Je suis têtue, trop têtue et persévérante aussi, trop persévérante. Je suis beaucoup trop impatiente, j’aime faire tout et vite. J’ai horreur des salles d’attente, mais je trouve toujours le moyen d’être en retard (parce que j’aime pas attendre, cercle vicieux et tout et tout). Je vous ai aussi déjà dit à quel point j’aimais les cigales, et le thé mais aussi le raisin et les tomates cerises. Je pourrais vous dire que les compotes, c’est la vie, tout comme se glisser dans des draps propres, parce que tout devient un peu « la vie » avec moi, quand j’aime.

Et je crois que je l’ai trop aimé, vous savez quand ça vous prend aux tripes, avec le cœur qui bat la chamade et qui pourrait s’envoler. Un peu comme ça, oui. Et ce fut dur, surement à la hauteur de mes sentiments. J’ai aimé un peu trop, un peu plus, un peu différemment aussi. C’était simple, si simple que ca paraissait évident. Mais la vie a fait que ce n’était pas si évident que ça au final. J’ai aimé drôlement fort à en danser sous la pluie et à en sourire jusqu’à en avoir mal aux joues. J’ai aimé drôlement fort comme on n’aime pas beaucoup. Et c’est surement ce drôlement fort qui a été un peu casse gueule. C’est ce drôlement fort qui a fait qu’on s’est raté et qu’on est un peu aller au bout de nous. Ce drôlement fort qui pourrait te faire décrocher la lune et déplacer des montagnes. Peut être que j’ai aimé ce qu’il fallait à ce moment là. Je n’aurai pas pu aimer mieux, ou peut être que si, mais je ne savais sans doute pas comment. Je ne sais pas bien faire ça moi.  Je ne sais pas aimer bien, ou peu. Je sais trop aimer. Je sais aimer passionnément, parce que je suis une passionnée et une entêtée, et que du coup, on y a foncé droit dedans, dans ce mur, et j’ai même fini par m’y encastré. Parce que c’est un peu moi tout ça. Et c’est un peu fatigant de ne pas vraiment savoir aimer, de ne pas savoir aimer comme il faut, ou comme il faudrait.

Si j’en ai souffert d’avoir aimer aussi fort, et que je me suis surprise à me dire qu’on m’y reprendra plus, je crois que si c’était à refaire, je n’hésiterai pas. Parce que c’est à t’en coller des paillettes dans les yeux, et des papillons dans le ventre. Parce que c’est la vie puissance 1000. Parce que finalement c’est essayer, tâtonner, s’écorcher un peu mais apprendre. Ce fut brutal, violent, douloureux. Ca a fait mal, aussi fort que j’ai aimé. Mais, ce qui compte après tout, c’est de vivre, de ressentir, peu importe que ça fasse mal au final, peu importe qu’on se soit peut être trompé. On aura essayé, on aura aimé, et on aura été aimé, et c’est ça qui compte.

Il reste juste, des fois, un peu de ce vide qui picote, dans le creux du ventre, de cette absence.

je t'aime trop bras calin

Vingt trois ans.

J’ai voulu être maitresse, et marchande de fruits. Journaliste et océanographe aussi (enfin je n’ai connu ce mot que bien plus tard, moi ce que je voulais, c’était m’occuper des orques et des dauphins. Flipper ca vous rappelle quelque chose peut être). J’ai voulu être pédiatre aussi, et pendant longtemps. J’aurai pu mais non, j’aime trop les livres, trop les mots, les phrases sans sens et pleins de peut être et de parce que et de parenthèses. 23 ans, ça me plait pas beaucoup. J’ai déjà du mal avec mon âge quand je vais chez le médecin alors là, ça va pas arranger les choses. Ça me plait pas beaucoup parce que c’est un peu, être grand, et moi être grande, je sais pas trop si je veux ou si je veux pas. Mais c’est aussi déjà trois expatriations, de beaux souvenirs sur les routes, ou sur le dos d’un dromadaire, dans des avions, des pays à mille couleurs. C’est d’autres pays qui s’annoncent et des expériences plus belles les unes que les autres. J’ai évolué de style musical aussi en 23 ans. J’ai bien sur fredonner tous les tubes des 2be3 et je connaissais toutes les choré, et Britney Spears aussi, et Lorie Je seraiiis laaa toujours pour toiiii ♪. Je connais mieux leurs paroles que mes cours de première année de fac, des baffes je vous dis. Bon, j’écoute encore les merdes (pardon) les chansons qui passent à la radio, mais mon style est plus éclectique, je vais chercher, je demande, je veux connaître autre chose, comme ça. 23 ans et des amis dans les quatre coins du monde, avec lesquels on aimerait tous passer une soirée d’anniversaire, alors quand j’ai levé mon verre de champagne (ou plutôt d’eau) ce soir, il était pour eux aussi, pour nos souvenirs, et pour tous ces anniversaires loin des uns et des autres. J’ai levé mon verre pour toutes ces expériences que j’ai eu la chance de vivre et tous ces gens que j’ai pu rencontrer sur mes chemins, et qui m’y accompagnent.
23 ans, on est loin des rêves de petites filles, loin de ceux qu’on gardait bien cacher dans notre tête. Mais en même temps 23 ans, on se rapproche, de ses rêves, de ses buts qu’on s’est fixé, pour les 30 ans. De ces rêves qu’on a osé émettre après l’entrée à la fac, après la majorité, après avoir finalement atteint ses rêves de petite fille, d’être grande, d’avoir 18ans, d’avoir un master, de voir le monde, d’avoir son propre appartement et de mettre des talons (et du rouge à lèvres). 23 ans, on se rapproche de ces rêves qu’on chuchote, qu’on ose à peine dire à haute voix parce qu’on sait qu’ils dépendront un peu de tout, beaucoup de nous (et de la chance, et des choix, des opportunités). C’est des rêves de grand, qu’on s’est promis, cette maison, cet(te) amoureux(se), ces têtes blondes, ce job. Ca devient un peu plus palpable, un peu plus réalisable. Les premiers bébés, les premiers mariages ne sont pas loin. Ce sont ces rêves qui font un peu peur, mais qui fait que l’excitement est là. On veut être grand, encore plus grand, on en veut encore, encore plus.

Mais pas tout de suite, pas maintenant. Il faut prendre le temps de les savourer ces moments, cette route vers ces rêves (et puis c’est que j’en ai des choses à faire avant, le saut en parachute, et l’Amérique latine en sac à dos, et le Canada et retourner aux Etats Unis et tout pleins d’autres choses). Il faut prendre le temps de les savourer ces 23 ans, alors ça a commencé par une soirée en famille, des messages d’amis et un gâteau qui a tout tué, à base de meringue, framboise et crème chantilly. Peut être même qu’il reste un bout pour demain, pour continuer la fête, pour être encore un peu une princesse.

Kiss me goodbye 2013.

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« Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns. Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer, et d’oublier ce qu’il faut oublier »

En 2013, j’ai vu Paris en long en large en travers mais pas tout. J’ai trop aimé et je me suis cassé le pied. J’ai aussi retraversé l’océan atlantique et découvert les caraïbes. J’ai presque fini mes études, et j’ai déambulé dans les rues d’Aix de jour comme de nuit et un nombre de fois incalculable. J’ai pleuré mais ce que j’ai pu sourire aussi. Je me suis surprise à aimer Marseille et Haïti. J’ai fréquenté les musées et ai confirmé mon amour pour l’art moderne. J’ai cherché un stage et envoyé des tonnes d’emails. J’ai écrit mon mémoire et je me suis baigné dans une eau à 20 degrés en novembre. Je suis allée au ski avec les copains et j’ai mangé de la poudreuse et des crêpes pour mon anniversaire. Il y a eu les grandes nouvelles, les retrouvailles, les départs et la rupture aussi. 2013 a annoncé la transition, et ce premier pas dans la cour des grands. 2013 m’a donné des claques, j’ai su lui en rendre quelques unes. 2013 m’a donné des sourires grand comme ca, mais m’a aussi fait trébucher. Il y a eu mon appartement avec des post-it sur les murs, et une souris comme colocataire. Il y a eu les sorties étudiantes, le soleil qui se lève sur le cour Mirabeau et les calanques. Il y a eu ces footings au stade et quelques kilos de perdus. Il y a eu un été en demi teinte, un hiver avec de la neige dans le sud. Un automne haïtien et un printemps aixois.  Il y a eu St Tropez, Bordeaux, Toulon. Il y a eu des embrassades et des confidences sur l’oreiller. Des chatouilles et des clins d’œil. Il y a eu le froid qui fait rougir les joues et les coups de soleil.  J’ai appris une nouvelle langue et je me suis fait des amis à l’autre bout du monde. J’ai chanté des milliers de paroles et écouter des chansons en boucle. J’ai pris le train beaucoup de fois, et je me suis endormi dans d’autres lits que le mien (et dans le train aussi). J’ai changé de portable et trouvé un appareil photo. J’ai repris la plume et j’ai un peu trop cuisiné de cookies.

En 2014, j’aimerais tant de chose et si peu à la fois.                                                             J’aimerais aimer moins mais mieux et trouver du travail, et faire ce premier pas dans la cour des grands, (qui me fait un tout petit peu peur quand même) et aussi apprendre à laisser aller. J’aimerais voyager encore, et encore (j’ai quelques villes d’Europe en tête, et le Canada et les Etats Unis, et l’Amérique du Sud, et l’Australie pour pourquoi pas aller la voir). Mais j’aimerais surtout sourire jusqu’à en avoir mal aux joues et être heureuse parce qu’au final c’est un peu beaucoup ça qui compte.

(Bon en ce moment, j’ai aussi un peu envie de me couper les cheveux, de refaire ma garde robe, et de ne plus parler avec la voix d’une camionneuse (parce que oui avec 25 degrés d’écart, t’y échappe pas, bronchite), et arrêter d’avoir mal aux genoux, et arrêter aussi de grossir quand je mange du Nutella, et j’ai aussi un peu envie de voir la neige.)

« Je vous souhaite des silences. Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants. »

Une très belle année 2014 à vous !

Mesi Anpil Ayiti chérie

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C’est avec le cœur lourd que je te quitte. Je ne savais pas, je ne pensais pas. Haïti, tu m’as ému, tu m‘as touché. Tu m’as frustré aussi, tu m’as révolté. J’ai pris une claque face à l’élégance de ta population. Ces enfants en uniformes à la sortie de l’école, ces femmes dans la rue et ses hommes en costume partant au travail. J’ai pris une claque face à la gentillesse de ta population, face à ses sourires et à ses timouns rieurs. Je n’ai jamais cessé d’être surprise de tes habitants, de leur force, de leur espoir. J’ai aussi été en colère, en colère contre l’état de ton pays pourtant si beau, contre ces gens qui se sont résignés, contre ceux qui disent avancer d’un pas pour reculer de deux, contre ceux qui disent être habitués. J’ai aussi souvent voulu sauter de la voiture, aller aider ce monsieur à pousser sa brouette, ces enfants à porter ces bidons d’eau. J’ai voulu sauter de la voiture pour sortir ces gens des détritus, pour leur dire de ne pas boire cette eau contaminée. Mais aussi pour tous ces enfants qui mendiaient. Mais j’ai aussi voulu jouer au foot avec eux et m’asseoir sur les marches de la Place Boyer, et discuter avec ses marchandes sur le bord de la route. Discuter avec ses filles pour leur dire que vendre leur corps n’est pas la solution. Je me suis sentie impuissante des fois, toute petite aussi. Bien trop petite pour ce si grand monde qui est le tien, pour cette si grande dignité. J’ai pris conscience, pris conscience d’un tas de choses, du nombre de litre d’eau que je consomme, que si internet est lent, ce n’est pas bien grave et que se doucher à l’eau  froide ce n’est pas la fin du monde, comme cohabiter avec toutes sortes d’animaux. J’ai aussi appris, beaucoup. Sur moi, sur toi, sur tes habitants. J’ai appris sur eux, sur leur gentillesse, et leur fatigue, mais aussi leur colère et leur tristesse. J’ai aussi rencontré des gens avec la main sur le cœur, travailler avec eux. Leurs compliments, leurs sourires, leurs encouragements vont me manquer. Et ces bruits de klaxonne dans la rue aussi. Et ces haïtiens qui mettent une doudoune à la moindre goutte de pluie aussi.

Oui, j’ai un peu hâte de rentrer, retrouver ma famille, mes amis, Paris, le Sud. Mais j’ai peur aussi, peur de ne pas m’adapter. Peur du froid, peur d’être devenue intolérante. Intolérante à la vie quotidienne, à leurs problèmes. Devenue intolérante à leurs petits bobos, à leur coupure de chauffage ou d’eau, parce que qu’il y a des gens à l’autre bout du monde (et même au coin de notre rue), qui vivent sans, qui survivent. Peur d’être devenue intolérante à ce qu’on prend pour acquis, aux futilités, à la fatalité aussi.

Mesi anpil Ayiti chérie, pour tes sourires, pour ton accueil, pour ses rencontres. Pour cette claque que j’ai prise, et pour cette envie que j’ai, déjà, de revenir. Ce n’est pas un au revoir, mais A bientôt !

Lecteur, quand tu liras ceci, je serais soit en route pour l’aéroport, ou déja dans l’avion, ou peut-être même en France. Je te laisse avec cette vidéo, une chanson qui m’a toujours apaisée, avec de sublimes images de ce si beau pays, et de belles paroles. 

Quand je serai grande

J’imagine une grande maison avec des couloirs aux détours desquels on rencontrerait toujours quelqu’un. A cette époque, on sentirait l’odeur du sapin frais, et elle revêtirait son habit de lumière, avec des guirlandes toutes plus belles les une que les autres. On y entendrait des enfants courir, et aussi se disputer. Quelques pleurs des fois, et des haussements de voix aussi. Mais beaucoup de rire, des fous rires même. Il y aurait du silence aussi, pour le bruit des cigales, pour une sieste dans le hamac, pour lire un livre. Il y aurait une grande bibliothèque, même qu’on serait obligé de monter sur une petite échelle, pour attraper cette pépite. On sait qu’on l’a mais on ne sait plus bien où, surement caché là bas, derrière. Des livres posés sur les marches des escaliers aussi, qu’on a fini ou pas encore commencé. Qui attendent qu’on les attrape au passage.  Des classiques, des livres qui s’usent, qui sentent bon le temps d’avant. Des livres en pagaille et des souvenirs de voyages, des masques africains, des tableaux haïtiens et des statuettes aztèques aussi. Et des albums photos qui rappellent ces voyages et qui en appellent d’autres. Des cahiers aussi qui trainent, des feuilles, à coté du téléphone, sur la table basse pour un dessin imprévu, pour griffonner quelques pensées, pour ne pas les oublier. Les attraper au passage. Une baie vitrée depuis laquelle, on apercevrait la neige en hiver et la rosée des matins d’été. Une fenêtre dans la cuisine pour faire des gâteaux avec vue sur le jardin. Un grand jardin pour courir, tourner tourner et tourner encore avec ma robe à fleurs, et même faire du trampoline. Des arbres, des fleurs, des couleurs et des cigales, surtout des cigales. Le soleil qui percerait à travers les volets bleus ou bien verts, doucement réveillant les corps et les cœurs endormis. Un étage pour entendre les enfants courir le 25 décembre au matin ou parce qu’on a un peu trop trainer au lit. Des portes qui claquent parce que mince, c’est l’heure, on est en retard. Les clés sur le meuble à l’entrée, dans le plat fourre tout, avec des boutons, des stylos, et quelques centimes. Le placard à thé aussi, vous savez avec cette odeur si particulière, toujours prêt à nous offrir une de ces merveilles, au petit déjeuner ou au goûter, ou peut être même juste comme ca, sur la terrasse alors que le soleil de l’après-midi commence à prendre ses quartiers. Et puis un piano aussi dans le salon, peut être que d’ici là, j’aurai appris à jouer. Les volets à demi-ouvert pour garder la fraicheur. Et de la musique aussi pour se réveiller, et danser, danser en sous vêtement et chanter à tue tête.

Le reflet de toutes ces maisons que j’aurai croisé, de toutes celles que j’aurai aimé. Et vous, elle est comment votre maison, quand vous serez grand(e)? (Et me dites pas que 22ans c’est déjà grand, je n’y croirai pas.)

NB : La photo m’appartient, prière de ne pas l’utiliser sans mon autorisation.

Un de ces soirs

Sans titre 3Où la nuit se fait un peu plus profonde, un peu plus noire, où les draps ne suffisent plus à remplacer la couette. La pluie s’est remise à tomber alors qu’elle s’était faite absente depuis quelques semaines. C’est un de ces soirs où on se dit que ça aurait fait un an, et que ca aurait peut-être bien pu marcher. Un des ces soirs, où l’hiver n’est pas tout à fait là (et ne le sera jamais vraiment), mais où il fait bon d’enfiler un gilet quand même. La petite brise va rappeler le bord de mer de l’océan atlantique dans cette maison aux volets verts qui a abrité mon enfance. Un de ces soirs, où je pourrais envoyer des emails à des gens à qui je devrais (ou pas) en envoyer, où le décalage horaire dérange un peu trop, et que la distance est un peu lourde à porter. Ce sont ces mélodies au piano qui résonnent, et cette bougie que j’aimerais allumer. Ce chocolat chaud et ces quelques marshmallows m’attendraient avec un plaid. Un de ces soirs, où il me manque un peu trop et où Noël paraît loin, loin parce qu’ici, Noël ne ressemble pas à Noël. Les sapins sont de sortie, les chocolats aussi, mais il n’y a pas ce froid qui te fait rougir les joues, et te fait te cacher le nez dans ton écharpe. Un de ces soirs où les jours commencent à compter. Je rentre bientôt, un peu trop tôt peut être, je ne sais pas. Un de ces soirs où on imagine la tablée de Noël, et son repas festif. Ces embrassades et ces quelques mots murmurés à l’oreille. Leur dire que je les aime, que j’ai de la chance de les avoir, qu’on a de la chance de s’avoir. Un de ces soirs qui n’appelle que deux bras pour se blottir dedans. Où mon dos fait des siennes, un peu bloqué à cause du sport (quand je vous disais, que je ne faisais pas les choses à moitié). Un de ces soirs, où mon corps sent le chocolat (ou peut être le beurre de charité, je ne sais pas vraiment) où j’enfile un jean et un tee-shirt blanc, en mettant quelques barrettes dans mes cheveux. Un de ces soirs, où je file au restaurant et que ca fait un tout petit peu du bien quand même, et où la pizza et les fraises à la chantilly vont apporter un peu de réconfort. Un de ces soirs où tout est un peu compliqué. Compliqué de devoir finir d’écrire ce mémoire, et compliqué d’être un peu là bas et un peu ici, en même temps.

Un des ce soirs, un peu comme ca, pas tout à fait assez.

C’était une belle journée.

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Ce coup de fil qu’on aurait ne pas voulu recevoir. Cette conversation Skype qu’on aurait aimé ne pas avoir. C’est qu’on aura tous traversé la planète. Certains viennent du bout du monde, d’autres de juste à coté. On a sauté dans un avion, pris une robe, deux tee-shirts, la brosse à dents. On ne s’est posé aucune question. Pour se retrouver à l’aéroport, les yeux rougis, on dira que c’est la fatigue. Mais on sait, on sait qu’on a passé la nuit à pleurer. Maintenant, il va falloir affronter, se montrer fort. Certains sont en costume. Alors que pour d’autres c’est jean-basket. Si tu le voyais, il est si élégant avec sa veste noire sur sa chemise à carreaux. Et elle avec sa robe noire, qu’elle a pris soin de ne pas froisser dans sa valise. Certaines ont mis du blush et d’autres se sont arrangées les cheveux. Ses yeux verts anis sont remplis d’eau, qui risque à tout moment de déborder, alors qu’elle baisse ses yeux bleus azur, comme une enfant. Le flot des larmes est discontinu. C’est par moment. Comme un coup de vent, pour nous rappeler que tu n’es plus. On est tous là, il ne manque personne. Et on ne sait pas quoi se dire. Les mots semblent dérisoires. Mais on esquisse un sourire, entre deux larmes. On se prend dans les bras. La pudeur de certains contre les larmes des autres. Les mains qui se lient, il faut s’avancer, se préparer à clore la pièce. Qu’elle était belle, on n’était juste pas préparer à jouer ce dernier acte. Certains parlent, alors que d’autres silencieux, essayent de coucher quelques mots sur le papier, pour te dire leurs derniers mots. On essaye de se parler, de se souvenir. Se souvenir de ton rire, et de tes blagues alors soudain un éclat de rire, une anecdote dont on se rappelle tous. On ne pense plus au pourquoi ni au comment. On repart quelques années en arrière, dans la cuisine de ton appartement lors d’une soirée alcoolisée. On repart sur la plage, notre première sortie de groupe. On repart un tout petit peu mais la réalité nous rappelle. Il faut prendre place, se tenir serrer sur un banc. Réconforter ceux pour qui les larmes ne peuvent s’arrêter de couler. Il a fallu se lever, aller dire quelques mots sur toi, comme si tu étais encore là. Quelques mots seulement, pas un de plus pour te garder encore un peu. Le passé qu’il va maintenant falloir utiliser. On s’est alors retrouvé en file indienne, à jeter de la terre sur nos souvenirs. Il n’a pas pu le supporter, son corps a collapsé. Il a fallu le prendre par les épaules, le bercer comme un enfant. Il m’a dit, il m’a dit que tu lui manquais.  Il a fallu clore cet acte, clore cette pièce mais pas avant d’avoir retrouvé nos vingt ans, pas avant. Il fallait partir, il fallait aller voir la mer. D’un hochement de tête, on a sauté dans la voiture. Ce n’était pas raisonnable mais qu’est ce qui est raisonnable dans ces moments.  Les cheveux aux vents on s’est rappelé. On s’est rappelé l’Amérique, on s’est rappelé nos promesses. Le vent qui frappait les larmes, qui séchait les yeux humides.  Ma robe a volé, alors j’ai ri. Ri comme tu l’aurais fait. Et je les ai emmené au café du coin, tu sais ce café. Les rayons de soleil ont caressé les vitres, laissant apparaître des ombres sur la table. Elle a laissé pousser ses cheveux, ils vont se marier, il vient d’avoir son diplome. Et on s’est reparlé, comme hier. Comme il y a trois ans. Ils ne sont plus là nos vingt ans, tu n’es plus là. C’était une belle journée.

Titre emprunté à Miss Blemish

Le nouveau monde – Saint Domingue, République Dominicaine

Je pourrais vous raconter comment je me suis retrouvée à la porte à Saint Domingue, et comment j’ai dévalé la rue en courant, pieds nus (parce que oui, vous le savez déjà, je ne fais pas les choses à moitié, mes sandalettes chéries m’ayant lâchées) pour rejoindre mes amis et ne pas passer la nuit sur le palier d’une maison dominicaine. Je pourrais aussi vous dire qu’en République Dominicaine, les tap tap sont remplacés par les guaguas et nos blocus haïtiens sont appelés tapòn. Que c’est une capitale digne d’un pays développé, mais qu’on peut y croiser la misère selon les endroits où on se ballade. Mais qu’il y a aussi un magasin Hugo Boss et Dior, ou même des casinos sur des avenues comme l’Avenue Lincoln ou Georges Washington. Il y a des autoroutes et des feux de circulations qui fonctionnent parfaitement et des panneaux publicitaires incitant à attacher sa ceinture, mettre son casque ou encore être courtois au volant. On y trouve Mc Donalds, Burger King, Wendy’s et toutes les autres marques américaines.

La rue commercante, El Conde

Par contre, il y a pas ou peu d’eau chaude et un très fort racisme envers les haïtiens. On y parle espagnol et la République Dominicaine occupe les 2/3 de l’ile Hispaniola. Certains dominicains n’aiment pas les haïtiens à cause du vaudou notamment et très peu ont déjà mis les pieds chez leurs voisins. Le tribunal constitutionnel du pays a récemment pris la décision de retirer la nationalité dominicaine à des haïtiens vivant dans le pays depuis pas mal d’années (donc des milliers de personnes vont se retrouver sans nationalité, c’est la fête !). Je pourrais aussi vous dire qu’il y a des cinémas et des centres commerciaux, et que j’ai pu marcher dans la rue, et que j’ai retrouvé un peu de ma liberté. J’ai déambulé dans les rues le soir, et j’ai été dansé le Merengue et la Bachata. Les gens m’ont toujours aidé à trouver mon chemin, quand j’avais l’air perdue. Par contre, si tu es blanche en République Dominicaine alors tu es forcement américaine. Il y a 8 aéroports internationaux dans le pays et pas mal de touristes, la plupart vont à Punta Cana en all inclusive.

Las casas reales (Les maisons royales)

Je pourrais aussi vous dire que pour la première fois, j’ai vu des enfants vendant tout et n’importe quoi dans la rue, que j’ai visité un projet d’enfants des rues, et que ça m’a conforté dans la direction à prendre pour mon avenir professionnel. Je pourrais vous dire que Boca Chica, c’est un lieu de prédilection pour la prostitution et le travail des enfants. Mais que c’est la plage la plus proche de la capitale et que donc les touristes s’y regroupent en masse. Je pourrais aussi vous dire que j’ai été stupéfaite de la différence entre les deux pays voisins : 45 min d’avion ou une dizaine d’heure de voiture les sépare et pourtant deux mondes complètement à part. Je pourrais vous dire que j’ai aimé la zone coloniale, un mini San Francisco à la sauce latino américaine. Je pourrais aussi vous dire qu’ici comme en Haïti, il y a l’heure dominicaine, donc les choses prennent un certain temps à se faire, et il faut se montrer patient. Je pourrais aussi vous dire que j’ai rencontré des personnes extraordinaires avec la main sur le cœur. Mais que je me suis fait appeler Mi amor à tout bout de champs et que les yeux bleus doivent être vraiment rares vu les remarques que j’ai eu. La vie est moins chère qu’en Haïti, et ca m’a fait plaisir de voir qu’une boite de céréales, non, ne vaut pas quasiment 10 dollars US (8 euros).

Premier hôpital du nouveau monde San Nicolás de Bari

J’ai aimé la chaleur des Caraïbes et de ses habitants, que j’ai aussi retrouvé en Haïti. Je pourrais vous dire que j’ai pris un « coucou » pour traverser la frontière, maximum 20 places, qui a du mal à ne pas basculer dans tous les sens quand il rencontre un nuage mais que ce fut une aventure. Je pourrais aussi vous dire que Saint Domingue, c’est super grand et qu’on y trouve de tout,  en passant de la zone coloniale au quartier des affaires, aux barrios un peu chaud, mais aussi au Malecòn, avenue de 8km longeant la mer, à des lacs naturels sous terrain à 15 min de la ville toujours dans la capitale. Je pourrais vous dire que Christophe Colomb est vachement présent et que ce fut la première ville découverte par ce cher navigateur.  Je pourrais aussi vous dire qu’en République Dominicaine, le baseball est le sport national, les gens ne jurent que par ça et y jouent même dans la rue (comme le football en Haïti). Je pourrais aussi vous dire que j’ai rencontré des enfants dans une toute nouvelle école, que j’ai joué au foot et « à chat », et qu’ils ont adoré prendre des photos avec mon téléphone, et qu’ils m’ont demandé de leur ramener des camions gros comme ca, et des poupées.

Mais je vous dirais aussi que j’étais contente de prendre mon  « coucou » pour retourner en Haïti, et qu’un grand sourire s’est affiché sur mon visage quand j’ai retrouvé un des chauffeurs à l’aéroport, et même qu’on m’appelle la voyageuse ici.

Mais je vous dirai aussi, que lundi dernier, jour férié en Haïti (Bataille de Vertières, tout ça tout ça), j’ai du le passer enfermer à la maison pour restriction de sécurité à cause de manifestations, et que pour la première fois, j’ai reçu des mails et des sms de l’ambassade pour me tenir au courant de la situation (et que j’ai aussi faillit faire une crise cardiaque quand lundi matin (ce meme jour férié, si tu suis bien lecteur), le gardien a ouvert ma porte de chambre alors que je dormais car il cherchait un fer à repasser, mais ça c’est une autre histoire.)

NB : Toutes les photos m’appartiennent, prière de ne pas les utiliser sans mon autorisation.

Alors, regarde. Haïti, deux mois après.

Jalousie - Haiti

Quartier de Jalousie – Haïti

Deux mois déjà. C’est passé tellement vite, et pourtant c’est comme si, c’était hier. Je revois ces trois premiers jours. Les couleurs, les odeurs, les bruits. Ce sont toujours les mêmes, mais on ne les appréhende plus de la même manière. On se les ait appropriés, on les connais, on les touche du bout des doigts, ils ne nous semblent plus si lointains, si étrangers. On a marché dans ces rues, on a côtoyé ces gens. Cela nous appartient, un petit peu.

Plage de Kabic

Plage de Kabic

Vue sur Jacmel

Jacmel

 

Timouns ramenant de l’eau

Et même qu’on a une poule dans la cour. Et il paraît qu’il y a même eu des rats à un moment (vous m’auriez sans doute vu sauter sur ma chaise en criant). Et les ouvriers, ils montent aux arbres. Et puis, ici l’école se fait en français et on peut payer en dollars américains (on a un sérieux problème ici, les amis). On a l’impression que toutes les filles sont enceintes, et c’est pour la plupart vrai. Il y a des panneaux publicitaires, gros comme ceux de Coca Cola chez nous, pour des préservatifs, et pour du lubrifiant, qui est en fait de l’huile à moteur (je t’ai vu venir avec ton esprit mal placé). Et même qu’ici, on ne dit pas la terminale, mais la philo. Et un blocus, c’est un embouteillage. Le tremblement de terre, c’est goudougoudou et tous les haïtiens se rappellent où ils étaient le 12 janvier. J’ai eu mon premier accident de voiture, et vu mon premier mort. Je sais répondre quand on me parle en créole, et je peux baragouiner quelques mots. J’ai rencontré cette petite fille toute blonde qui se croit haïtienne. Les moustiques aiment définitivement trop mes pieds, et on m’entend venir de loin pour les chasser, claquant des mains pour éliminer ceux qui me tournent autour. Mon appartement, on dirait qu’il est fait pour qu’on y vive à 10, et même qu’ils m’ont acheté une table pour que je puisse prendre mon petit déjeuner dehors. Tout ici a une consonance religieuse, du barbier au bus, en passant par le supermarché et le salon de beauté, et l’on vous souhaite une bonne année fiscale.

Une femme tirant de l’eau à la pompe

On m’a dit qu’ici, c’est l’Afrique en dehors du continent africain. Les devantures de magasins sont colorées et le ramassage d’ordure n’existe pas, tout comme l’éclairage public. Il y a eu cette discussion complètement futuriste en créole sur mes cheveux dans la cuisine. Et deux demandes en mariage, et plusieurs collègues sont prêts à se dévouer si le prince charmant n’arrive pas. On m’a aussi demandé si j’étais écossaise à cause de mes jupes. Et il paraît que je pourrais très bien avoir 17ans. On m’a aussi demandé de l’argent parce que je suis blanche. Et j’ai bu des noix de coco sur la plage. J’ai été dansé et j’ai appris le folklore haïtien, mes muscles s’en rappellent encore. Ca nous a valu des bonnes crises de fou rire. J’ai vu des gens se jeter des pierres et des haïtiens en colère contre le système. J’entends parler d’élections et de changement. On m’a aussi dit qu’Haïti est surement un des pays les plus complexe dans lequel vivre. Mais moi, j’ai décidé qu’ici, il y avait de la magie. Un soir alors que je rentrais, les cigales chantaient (et oui, il y a des cigales en Haïti et vous savez à quel point, je les aime), le coucher de soleil parsemé la ville de rose, et je me suis soudain entendu dire que j’aimais Haïti.

Haiti market

Un marché en Haïti

Ce soir là, même que j’étais comme apaisé d’avoir trouver mes marques, d’avoir poser quelques points de repères.

NB : Toutes les photos m’appartiennent, prière de ne pas les utiliser sans mon autorisation.