Qu’on n’oublie pas (de s’aimer surtout).

Sans titre 5J’écris pour cette gamine que j’étais et que je suis encore, qui se bat envers et contre tout, et surtout les injustices. Depuis longtemps, depuis toute petite. Argumenter, ne pas comprendre pourquoi devrait-on être traité différemment. Vouloir en faire son métier, vouloir défendre tout et son contraire. Chacun mérite d’être respecté dans son entièreté, dans sa personne, dans ses valeurs. Parce que c’est ce qui m’a été inculqué, parce que « non, ne regarde pas ce monsieur de travers », « non, tu n’as pas à avoir peur de sa couleur de peau », « non, son chapeau sur la tête et sa longue barbe ne fait pas de lui quelqu’un de diffèrent ». Parce deux jambes, deux bras, deux yeux, une bouche, un nez, nous sommes les mêmes. J’écris aussi pour la défenderesse des droits de l’homme que je suis et serais. Parce que c’est l’essence même des mes études, l’essence même de mon métier, l’essence même de ce que j’ai aimé apprendre sur les bancs de l’école. L’essence même de celle que je suis.

Je pourrais vous faire un laïus sur la liberté au sens général, sur les libertés, sur la liberté d’expression. Vous dire comment grâce à elle, je peux tenir ce blog, et vous pouvez tenir le votre. Vous dire comment grâce à elle, on retrouve des dizaines de journaux différents dans nos kiosques, de tout bord, et des milliers de chaines d’informations aux quatre coins du monde. Vous dire comment des gens sont morts et meurent encore pour cette liberté. Vous dire comment des gens sont en prison pour voir dessiné, écrit, argumenté, débattu, partagé des idées. Je pourrais aussi vous parler de tous ces textes de lois, ces traités internationaux qui parlent de nos droits inaliénables. Tous ces textes que j’ai pu étudié, tous ces textes sur lesquels j’ai pu m’appuyer, tous ces textes que j’ai pu feuilleter, survoler. Tous ces textes dont j’ai pu m’imprégner. Vous citer la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ou bien la Constitution française. Vous citer de grands auteurs ou des anonymes. Vous citer Charb ou Voltaire. Je pourrais aussi vous parler des nuances à apporter, de la liberté et de ses exceptions, du délit de blasphème qui n’existe pas en droit français, ou encore du droit à la satyre, du droit au rassemblement, à la liberté de culte.

Je pourrais aussi vous dire que je ne lisais pas Charlie Hebdo. Je le connaissais. Je me rappelais de la polémique, j’avais vu quelques dessins, me rappelaient de certains. Je pourrais vous dire que j’aurai été marché dimanche, j’aurais pris un avion et j’aurais même juste piétiné dans les rues, pas tant que ça pour Charlie Hebdo – même si, que des hommes et des femmes, des dessinateurs, des policiers, des anonymes aient du y laisser leurs vies, me fait un mal de chien et me donne envie de vomir – mais pour l’esprit de Charlie Hebdo comme l’explique ceux qui ont repris doucement mais surement, et avec brio, le flambeau. Pour la liberté, pour les libertés, pour la liberté d’expression. J’aurai levé le poing et j’aurai été surement vulgaire aussi, contre ces gens qui font des amalgames, de la récupération politique, font preuve de racisme ou font de la pub sur ces évènements difficiles. Vous dire aussi que j’aimerais me rattraper, faire le plein de culture, de journaux, de livres, de débats. Je ne vais pas être naïve non plus, ce sera dur. Et j’ai noté la présence de chefs d’Etats et de gouvernements controversés dimanche, comme j’ai noté ce que peuvent ressentir les gars de Charlie, avec un soutien qui arrive trop tard, qui ne leur ressemble pas, ne ressemble pas au journal. Mais je ne retiendrais que ces quatre millions de français, d’anonymes battant le pavé, pour surement différentes raisons, mais qui étaient juste là, réunis. Punaise que j’étais fière. Punaise que c’était beau.

A l’heure, où les « Je suis Charlie » disparaissent, où les photos de profil redeviennent des photos de vacances, de sport d’hiver, de soirées entre amis. A l’heure où la vie reprend ses droits, et où le souffle n’est plus coupé, les yeux rivés sur les chaines et sites d’informations, j’aimerais qu’on n’oublie pas ceux qui luttent pour la liberté, en silence ou sur les devants de la scène, anonymes, chanteurs, poètes, écrivains ou dessinateurs. Qu’on n’oublie pas ces quatre millions et l’espoir.  Je ne retiendrai que l’espoir que cette marche m’a donné et l’envie de débattre toujours et encore, et de ne jamais se taire pour nos valeurs, nos idéaux, nos idées, qu’on soit d’accord ou non, se parler et s’aimer. « S’aimer à tort et à travers ». S’aimer jusqu’aux paillettes et aux papillons. Jusqu’aux larmes de joie. Envers et contre tout, contre la haine, la violence, l’injustice et la bêtise. S’aimer pour la liberté. S’aimer beaucoup, et s’aimer encore et toujours.