C’est fini.

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Il y a des histoires comme ça qui vous poussent à bout, au bout de tout, au bout de vous. Que vous portez à bout de bras, à bout de forces. Des histoires dans lesquelles on pense qu’on a tout donné et qu’on n’aurait pas pu donner plus, qu’on ne pourra jamais plus donner. Il est de ces histoires où on y croit dur comme fer « et si je mens je vais en enfer ». De ces histoires où on s’encastre dans un mur, jusqu’à se faire mal, jusqu’à se frapper la tête contre le mur histoire que ça rentre un peu plus, comme un peu ces pièces de puzzle qui ne sont pas à la bonne place mais sur lesquelles on force quand même. De ces histoires qui, comme un miroir brisé, laissent des fissures. Ces histoires où tout paraît simple avant que l’on s’emmêle, avant que l’on se malmène. De ces histoires dont on pense qu’on ne s’en remettra pas. Jamais.

Et puis, il y a un soir, sur les réseaux sociaux, au détour de quelques photos, dans ce genre de soirée où des fois on consulte son téléphone, un peu mécaniquement, quand la conversation nous intéresse plus trop ou qu’on a un peu perdu le fil parce que tout le monde parle en même temps, un peu fort, un peu de tout et de rien. On jette un coup d’œil à la vie là bas, de l’autre côté du monde, de l’autre côté de l’atlantique, et on comprend qu’il y a quelqu’un d’autre. Une autre fille dans sa vie. Il reste ce pincement au cœur, et un minuscule nœud à l’estomac et la vie ailleurs, ici, qui nous entraine, qui nous emmène. Les autres nous prennent par la main, allez une dernière danse, allez un dernier verre. On repose le téléphone et on repart dans ces conversations qui font rire aux éclats, dans ces conversations un peu trop captivantes qu’on oublie le temps, et l’espace. On se laisse enivrer et de l’autre côté du monde, on nous demande si ça va, parce qu’on a prévenu de ces photos, et en fait on a juste oublié.

J’ai oublié que souvent, avant, ça me coupait les jambes, le souffle. Oublié à quel point mon cœur se tordait à l’idée qu’une autre laisse se balader ses doigts sur son corps. J’ai oublié à quel point ça pouvait faire mal. Je n’ai pas oublié la douleur pourtant, la blessure a été trop profonde, trop intense, trop tout pour que je l’oublie mais je n’ai plus mal. C’est difficile de donner son cœur et se dire que peut-être, il nous reviendra brisé. Et je crois que c’est l’une des pires choses qui puissent nous arriver, sentir son cœur se briser en mille morceaux à l’intérieur de nous. On ne sait pas s’il faudra de la super glue ou du plâtre pour tout bien recoller. Et puis le temps. Et puis la vie.

Plusieurs fois, je me suis demandé combien de temps cela prenait pour réparer un cœur brisé et aujourd’hui, c’est fini. Je peux le dire, je peux l’écrire. Cela s’est imposé à moi comme un fait, un soir où je faisais défiler mon fil d’actualité. Je ne sais pas si tout est bien réparé, tout est bien recollé. Je sais qu’il me reste des souvenirs. De moments heureux, d’instants à refaire le monde, je ne retiendrai que cela. Le temps finira son œuvre et atténuera pour faire disparaître, l’amertume qu’ont laissé les derniers instants partagés, l’amertume de cette barque qui sombre, nous deux à son bord, sans rien pour nous accrocher même pas nos mains, pour nous accrocher l’un à l’autre.  

Il me reste pour lui, pour nous, pour ce que nous avons été, pour nos nuits éloignés, nos matins qu’on ignore et nos horizons qui ne se rencontreront plus, une immense tendresse, et je crois aussi que je suis reconnaissante. Reconnaissante de cette tendresse qu’il avait pour moi. Reconnaissante où ce soir un peu chafouin, il est juste venu pour me serrer dans ses bras. Reconnaissante où quand on se déchirait, il m’a délicatement déposé un baiser sur le front. Comme pour me dire que tout allait bien se passer, même si là tout de suite, c’était un petit peu plus difficile que d’habitude, que ça allait l’être encore pour quelques temps, mais que ça finirait par passer. Ma tristesse, mon amour pour lui, notre idéal que je m’étais construit. Comme s’il avait su le chemin à parcourir, les bosses sur la route, les égratignures sur les genoux avant aujourd’hui. Reconnaissante d’avoir su que je pouvais aimer à ce point et d’avoir appris à me relever même si je ne pensais pas que c’était possible.

 Va, vis, vole mon amour.

Les souvenirs.

J’aime à penser qu’il y a un quota de larmes pour chaque histoire, et que pour cette histoire, il a été utilisé depuis bien longtemps déjà. Mais je ne crois pas que j’ai usé tous les souvenirs, et je me surprenais l’autre jour à me dire qu’il y a bien trop de souvenirs pour oublier. Parce que les souvenirs, c’est ce qui raccroche au passé, c’est cette main qu’on tend en arrière alors qu’on met un pied devant l’autre. Les souvenirs, ça rassure un peu mais je crois aussi surtout que ça empêche d’en faire des nouveaux, d’un peu plus beaux, d’un peu plus différents, d’un petit peu mieux aussi. C’est bête un souvenir finalement.

Et des souvenirs, il y en a beaucoup. Il y a ce collier qu’il nous a donné, « pour que tu te souviennes, c’est un cadeau ». Cette journée d’été où on a fini par se rejoindre et partager une glace, « Serveurs, deux cuillères, s’il vous plait ». Ces vêtements trop souvent portés devenus comme des reliques. Cette chemise qu’on a voulu voler parce qu’elle nous allait si bien et que c’était assez drôle, disons-le, de le voir partir à ce déjeuner avec ses parents, torse nu sous son manteau. Cette veste, bien trop souvent revêtue sur les épaules nues. Empruntée sous motif de pouvoir magique lors des révisions ou de matins un peu frais à la sortie de la couette. Il y a eu des discussions où on a refait le monde, trois heures du matin et aucune envie de dormir, on s’imagine déjà au dessus de l’océan indien s’en allant visiter la Thaïlande ou un peu plus près, la Bretagne parce qu’aucun des deux n’y a jamais mis les pieds. Des chansons aussi, qui à chaque fois qu’elles repasseront rappelleront différents moments comme celui du réveil après une courte nuit à s’être trop aimé, ou encore celles qu’on chantonnaient à deux, et qui à chaque fois nous feront nous demander ce que l’autre est devenu. Il y a les mots des copains, « Tu es différente avec lui », « Tu as de la chance de l’avoir », « Tu as vu comment il te regarde ». Il y a cette lettre bien cachée entre deux pages de ce livre un peu trop aimé, que l’on retrouve. Que l’on déplie mais dont on connaît déjà chaque mot, jusqu’à même la forme des lettres. Il y a cet ami commun à qui, entre deux bières, échappe un « tu as des nouvelles de ? » et s’arrête à temps, et qui se reprend à parler de la pluie et du beau temps, mais c’est trop tard, c’est une déferlante de souvenirs, et toute une histoire qui revient en mémoire, des particules du passé qui, doucement, nous chatouillent les joues. Il y a ces photos que l’on retrouve en voulant faire un peu de tri, photo de vacances, photos de voyages, 2011, 2013 et la photo qu’on ne sait pas bien où mettre, est ce qu’on peut mettre une histoire dans une case. Une photo qui crierait qu’ils se sont aimés l’espace d’un instant, et qu’à cet instant précis, ils y croyaient, il y croyait et c’est un peu l’essentiel. Il y a ces expressions qui lui appartenaient et qu’on lui a emprunté et qu’on se surprend encore aujourd’hui à employer et on se demande si lui aussi, ça lui arrive encore de les dire. Il y a des billets de train, ou une place de cinéma, des mots, des textes griffonnés à l’encre noir ou bleue. Il y a un quai de gare, des horaires de bus, celui de 21h06 le dimanche soir ou le texto de 22h34 pour nous demander de venir. Il y a les ex dont on parlait et les prétendants aussi, et se dire qu’au final, ils ont beau avoir croiser notre vie avant lui, pendant lui. C’était lui, (et ça l’a été pendant longtemps)(et même après) et personne d’autre. Peu importe le petit blond, ou le copain un peu trop complice. Au diable les autres. Il y a les soirées alcoolisées amenant les je t’aime lancés à la volée, que l’on garde précieusement, qui nous faisaient penser que c‘était possible, parce que c’était beau comme dans vraiment beau, et qu’on y croyait un peu, comme dans un peu beaucoup. C’était les projets fous, les promesses qu’on savait pas très réalisables.

Et puis, c’est ne plus vraiment le reconnaître sur une photo. Ne plus le reconnaître entre ses mots. C’est oublier la lettre qui est dans le livre, oublier le collier au fond du porte feuille ou de la boite en ébène posée sur l’etagère. C’est se laisser la possibilité des mains d’un autre sur soi, de découvrir une autre intimité. Se perdre dans d’autres bras, un instant, le temps d’une danse, d’une nuit, toute une vie. C’est se libérer de son emprise. Se libérer de l’emprise des souvenirs. C’est avancer sans plus trop se retourner.

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Un visage connu

Je suis tombé amoureux de toi alors que tes bras et tes jambes s’agitaient dans tous les sens sur une musique venue de je ne sais où, une musique des années 80 qu’on a tous entendu une fois à la radio lors des voyages sur l’autoroute de notre enfance. Tu ne faisais attention à rien ni à personne et encore moins à moi. Je ne sais pas si je peux dire que je suis tombé amoureux, je pense que cela s’est fait plus tard, je t’ai remarqué dirait-on. Il fallait que je trouve un moyen de t’aborder, tu avais dansé toute la soirée avec un jeune homme que je pensais être ton petit ami. C’est quand vous vous êtes dirigé vers la sortie, toi lui et tes amis, que je vous ai juste demandé si vous aviez appréciés cette soirée, enfin je me suis surtout adressé à toi. Tu as paru sur la défensive, et c’est moi qui y étais. J’avais peur de me râter, de nous râter. Mais quelques jours plus tard, on s’est reparlé, cette fois ci, de ton initiative. Et on ne s’est plus quitté, voilà comment j’aimerais résumer cette histoire.

Mais je crois que je dirai plus tôt qu’on s’est raté pas mal de fois dans cette histoire, on s’est même pas mal abîmé, égratigné, comme quand on se frotte trop près à un mur, quand on fait une chute sur le bitume, qu’on glisse à même le sol. On s’est un peu trop abimé, je t’ai un peu trop abîmé. Il y eu des moments heureux et je refuse que la fin résume le reste, je refuse que le mauvais remplace le bon, le beau. Je refuse que tes larmes remplacent ton sourire, et ce nœud dans le ventre ces caresses d’adolescents. Parsemées sur des corps vierges de toute souffrance, parsemées un peu par là, un peu beaucoup. Je refuse que le faux remplace le vrai, et que tout soit bâclé comme le furent nos derniers instants. Je refuse que cette histoire soit bâclée, parce que nous deux funambules n’avons pas réussi à tenir en équilibre sur ce fil, parce que je n’ai pas su comment t’aimer, et comment te rattraper sur ce fil un peu bancal.

Et c’est alors que je t’aperçois sur ce quai longeant le port, que je me rappelle cette période, cette histoire, tous ces mots tus alors qu’ils auraient dû être prononcés, ces bras que j’aurai dû ouvrir plus souvent, cette main que j’aurai dû tendre. C’est alors que je me dis que j’aurai dû prendre soin de toi comme il le fallait, comme la jeune fille que tu étais, le méritait. Tu précèdes un petit bout de chou pas plus haut que trois pommes, ses chaussures à la main, à coup de « trésor ». Ton trésor. Ce fils d’un autre. Ton fils. Il s’appelle Martin ou peut-être, Gabin. Tu as surement dû lui apprendre que le cœur d’une femme, ça se respecte, ça se mérite, ça se cajole. Tu as surement dû lui dire que le cœur d’une femme c’est un peu précieux et qu’il faut faire attention à ce qu’on fait avec, à ce qu’on dit. Ton sourire illumine ton visage, tu finis par l’attraper, un homme vous rejoint. Je ne le connais pas, je ne sais rien de lui, rien de vous, rien de ce petit être qui arbore, je suis sur, tes plus belles qualités, cette rage de vaincre et cette irrésistible envie de te battre contre tout, contre tous, contre la vie qui nous malmène un peu, contre les injustices.

C’est alors que j’aimerais te crier, te crier que je suis désolé. Désolé de t’avoir malmené. Désolé de ne pas avoir pris soin de toi comme il le fallait. Mais je ne suis plus qu’un étranger dans cette vie où tu me faisais une place de prince. Et tu n’es plus qu’un amour de jeunesse que j’ai laissé filer, heureusement ou malheureusement, la vie ne nous le dira pas. Un amour de jeunesse devenu femme. Il y a dix ans, on parlait de nos potentiels quinze enfants, et le premier est dans tes bras, cherchant ceux de son père. Tu as l’espace d’un instant recommencer à me manquer, et je suis l’espace d’un instant reparti quelques années auparavant, à ce même endroit, où tout allait prendre une tournure différente. Je n’y avais plus pensé depuis longtemps. Le passé, il ne faut pas trop le remuer et pourtant aujourd’hui te voir là sur le quai longeant ce port, les voiliers se faisant beaux, le soleil illuminant la baie, je me reprends le passé en pleine figure. Tu as arrêté d’écrire, j’ai arrêté de te manquer. On a grandit l’un sans l’autre, l’un avec l’autre sans doute aussi.

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La jolie Célie (que vous lisez sur Miss Blemish) nous parlait récemment de ces ateliers d’écriture où sur un thème imposé, elle devait écrire quelque chose, j’ai repris cette idée et donc le thème Te revoir pour ce texte , mais on a aussi eu cette idée, je vous laisse avec les mots de Célie donc « sur le même schéma que les groupes d’écriture mais, entre blogueurs/blogueuses et gratuitement : se donner un sujet et un certain temps pour composer un texte puis tout(e)s publier le fruit de l’inspiration du moment un même jour sur nos blogs respectifs. Les détails, modalités & cie sont encore à définir. » A vos commentaires, si cela vous intérèsse.

Tombée amoureuse.

OKAY John Green Nos etoiles contraires The fault in our starsJe crois qu’elle est tombée amoureuse de toi comme on trébuche sur une pierre, sans faire attention, sans faire exprès, sans le vouloir, sans vraiment rien demander. Un joli coup du destin, un mauvais coup de poker. Elle est tombée amoureuse de toi comme on tombe d’une chaise sans vraiment pouvoir se relever, comme une chute à ski dans laquelle on perd bâtons, bonnet, et skis. Tout en éclatant de rire. C’est comme ça qu’elle est tombée amoureuse de toi, d’un grand coup d’abord puis par petits coups, par à-coups. Toi derrière ton piano, toi gravissant cette montagne. Je crois qu’elle n’a pas trop fait attention au « pour la vie » qu’on accroche indécemment un peu partout, à la fin d’une phrase, d’un murmure, d’un soupir. Et qu’elle a un peu trop dessiner les recoins de ton corps du bout de ses doigts. Elle est tombée amoureuse comme ça, un peu trop vite, comme un saut en parachute sans parachute. Elle a heurté le sol comme tu as heurté son cœur. Elle est tombée amoureuse un peu chaque matin où elle te retenait pour un baiser ou une caresse de plus. Et aussi toutes ces fois, où tu lui as fait l’amour. Elle est tombée amoureuse un peu à chaque fois, un peu plus, jamais moins. Un peu simplement en fait, un peu par hasard, comme un imprévu, comme une averse un beau jour d’été. Elle est tombée amoureuse comme quand on roule à vélo sans les mains, ou qu’on va un peu trop vite sur les pistes de ski. Un peu comme ça, avec fougue et appréhension. Comme quand on dit qu’on y mettrait sa main à couper, et « croix de bois croix de fer si je mens, je vais en enfer ». En fait, elle est tombée amoureuse de toi un peu sans vraie raison, sans réelles explications. Juste parce que c’était toi. Juste parce que c’était elle. Et ça lui a suffit, parce qu’on s’en fiche un peu des pourquoi ou des comment, et encore plus des parce que.

Citation de John Green, Nos étoiles contraires (The fault in our stars)
« OK, a-t-il dit après une éternité. Et si « OK » était notre « toujours » ? – OK, ai-je répondu. »

Tourner la page.

Il y a eu ce garçon qui avec beaucoup de douceur, mais aussi de la fermeté, m’a dit qu’il fallait la tourner cette page. J’ai été touchée, mais aussi surprise. Que ça vienne de lui, qu’il n’y aille pas par quatre chemins. Il a raison, sept mois, c’est long, trop long. Mais comment on tourne la page ?

Est ce que c’est effacer ? oublier ? supprimer un numéro de téléphone ? ou un ami de facebook ? Qu’est ce qu’on fait des souvenirs et des éclats de rire ? Est ce que c’est ne plus se retourner et avancer droit devant jusqu’à trébucher une nouvelle fois ? On parle de temps, mais c’est combien ? Une semaine, un mois, six mois, un an, deux ans ? Ça prend combien de temps pour tourner la page ? Toute une vie des fois ou juste une autre personne. C’est ce que ça lui a pris, une autre personne. Ça m’a pris des kilos en moins, et des litres de larmes, des nœuds à l’estomac et des envies de vomir, et c’est pas encore tout à fait ça. On tourne la page à la mesure des sentiments qu’on a eu ou qu’on a encore. Si j’ai aimé fort, trop fort, il va falloir que je la déchire la page parce que sinon je ne vais pas y arriver ? Et si j’aime encore, est ce que je peux quand même tourner la page ? Et si je n’aimais plus, mais que le manque d’affection et de tendresse le rappelaient à moi ? Est ce qu’il faut vraiment couper tout contact, risquer de perdre définitivement quelqu’un ? Déchirer la page pour la tourner, ça ne me plait pas beaucoup à moi. A quoi bon si c’est pour s’essayer à la recoller une fois qu’on sera prêt. Il y a des pages tournées trop tôt pour l’un, trop tard pour l’autre. Sur la mienne, je crois qu’il y a ma main, pour m’empêcher de relire l’histoire encore et encore, et qui tremble un peu. On y trouve ce goût amer pour ce jamais qui s’est immiscé dans mon toujours, et ces nuits à chercher son corps dans mon lit.  Jusqu’au jour où je pourrai murmurer que tout est terminé, acceptant cette fin que j’aurai apprivoisé. Les souvenirs, ne seront plus que ça. Même le manque de lui aura disparu.

Alors je me suis promis de me le rappeler (et j’ai demandé à Twitter aussi de le faire) tous les jours, à chaque instant. Je m’en suis persuadée, persuadée que c’était la meilleure chose à faire. Pour moi, pour lui, pour ce nous qui une fois fut. Pour honorer ce qu’il est, ce que je suis, ce que j’ai été. Là où la folie n’a plus suffit, là où il reste encore un peu de ses rêves sur mon oreiller, et du rouge à lèvre au coin de sa bouche. Où il reste l’effleurement de ma main sur son torse, et celui de mes doigts dans ses cheveux. Honorer ce passé où nos rêves éveillés n’ont plus suffit, où deux étudiants se sont essoufflés à force de courir après ce je ne sais quoi, qu’ils n’ont pas trouvé.

Il est temps que mon cœur s’essouffle lui aussi, de cet amour un peu trop encombrant, qu’il se laisse bercé par les vents contraires, pour à nouveau trébucher et aimer.

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Ça ne se dit pas je t’aime trop.

Et ça ne se fait pas non plus. Et pourtant.
En ce moment, j’aime trop les pois, et les rayures, et les garçons un peu barbus et je peux écouter la même chanson en boucle pendant des semaines, et quand je crois à quelque chose, j’y crois jusqu’au bout. Je suis têtue, trop têtue et persévérante aussi, trop persévérante. Je suis beaucoup trop impatiente, j’aime faire tout et vite. J’ai horreur des salles d’attente, mais je trouve toujours le moyen d’être en retard (parce que j’aime pas attendre, cercle vicieux et tout et tout). Je vous ai aussi déjà dit à quel point j’aimais les cigales, et le thé mais aussi le raisin et les tomates cerises. Je pourrais vous dire que les compotes, c’est la vie, tout comme se glisser dans des draps propres, parce que tout devient un peu « la vie » avec moi, quand j’aime.

Et je crois que je l’ai trop aimé, vous savez quand ça vous prend aux tripes, avec le cœur qui bat la chamade et qui pourrait s’envoler. Un peu comme ça, oui. Et ce fut dur, surement à la hauteur de mes sentiments. J’ai aimé un peu trop, un peu plus, un peu différemment aussi. C’était simple, si simple que ca paraissait évident. Mais la vie a fait que ce n’était pas si évident que ça au final. J’ai aimé drôlement fort à en danser sous la pluie et à en sourire jusqu’à en avoir mal aux joues. J’ai aimé drôlement fort comme on n’aime pas beaucoup. Et c’est surement ce drôlement fort qui a été un peu casse gueule. C’est ce drôlement fort qui a fait qu’on s’est raté et qu’on est un peu aller au bout de nous. Ce drôlement fort qui pourrait te faire décrocher la lune et déplacer des montagnes. Peut être que j’ai aimé ce qu’il fallait à ce moment là. Je n’aurai pas pu aimer mieux, ou peut être que si, mais je ne savais sans doute pas comment. Je ne sais pas bien faire ça moi.  Je ne sais pas aimer bien, ou peu. Je sais trop aimer. Je sais aimer passionnément, parce que je suis une passionnée et une entêtée, et que du coup, on y a foncé droit dedans, dans ce mur, et j’ai même fini par m’y encastré. Parce que c’est un peu moi tout ça. Et c’est un peu fatigant de ne pas vraiment savoir aimer, de ne pas savoir aimer comme il faut, ou comme il faudrait.

Si j’en ai souffert d’avoir aimer aussi fort, et que je me suis surprise à me dire qu’on m’y reprendra plus, je crois que si c’était à refaire, je n’hésiterai pas. Parce que c’est à t’en coller des paillettes dans les yeux, et des papillons dans le ventre. Parce que c’est la vie puissance 1000. Parce que finalement c’est essayer, tâtonner, s’écorcher un peu mais apprendre. Ce fut brutal, violent, douloureux. Ca a fait mal, aussi fort que j’ai aimé. Mais, ce qui compte après tout, c’est de vivre, de ressentir, peu importe que ça fasse mal au final, peu importe qu’on se soit peut être trompé. On aura essayé, on aura aimé, et on aura été aimé, et c’est ça qui compte.

Il reste juste, des fois, un peu de ce vide qui picote, dans le creux du ventre, de cette absence.

je t'aime trop bras calin

They were kids that I once knew

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Tu crois qu’on se dira quoi dans dix ans quand on se croisera ? Tu crois qu’on se reconnaitra ? Une petite tête blonde accrochée à ta main, une petite tête blonde cachée entre tes jambes. Tu seras papa. Alors peut être que je te demanderai son prénom, et puis son âge, peut être que j’immiscerai un sourire. Les mains accrochées à la poussette, tu me regarderas. Qui nous aurait imaginé comme ça ? Qu’est ce qu’on aura grandit ! On se promettra de se donner des nouvelles, d’aller prendre un verre, histoire de savoir ce que l’autre est devenu. Tu l’auras trouvé ta moitié, celle que tu cherchais toutes ces années. Mais on ne se rappellera pas, parce que le passé est mieux où il est, parce que le passé fait mal quelque fois. Il ne faut pas trop le remuer, il risquerait de nous éclabousser. Ta petite tête blonde commencera à s’impatienter, tandis que je bercerai la mienne dans sa poussette. Tu n’apercevras que quelques cheveux, tu penseras qu’elle a les même yeux que sa mère, ses yeux si bleus dans lesquels tu te perdais, il y a si longtemps. Ta petite tête blonde commencera à tirer sur ton pantalon, c’est qu’on n’est pas très patient à cet âge. Et je te reconnaitrai en elle. Elle aura ce sourire espiègle et cette façon que tu avais de froncer les sourcils, et cette peau brillante, une peau dorée comme la tienne l’était après quelques secondes au soleil. Ce sourire qui me donnera la sensation de te voir à son âge. On se promettra de s’appeler, et peut être qu’on ira le boire ce café, enfin tu te rappelleras que je ne bois que du thé, et on finira par prendre une bière en terrasse. Les terrasses qu’on a arpenté étant jeune, lieu de notre premier rendez-vous, lieu d’un dimanche soir d’après fête. On essayera de mettre des mots sur dix ans de vie. Tu me raconteras Montréal, je te raconterai Haïti. Tu me raconteras ton travail, je te raconterai mes missions. On se parlera du passé, de cette ville qui nous a vu nous aimer, puis nous déchirer. Je me rappellerai de toutes ces larmes versées d’y avoir trop cru. Tu te rappelleras notre perpétuelle incompréhension. On se rappellera du beau, après longtemps avoir ressasser le laid. On se rappellera de nous un court instant, puis on se racontera nos têtes blondes. Leurs prénoms, leurs premiers pas, leurs premiers jours d’écoles. Je te parlerai de mes craintes du futur, de l’avenir. Tu auras ses mots rassurants qui m’ont tant manqué pendant un temps, comme tu les as toujours eu. Tu me parleras de tes rêves, de tes passions, de ces weekends à la mer, de ces randonnées à la montagne. On évoquera nos amis communs, c’est qu’ils se comptent sur les doigts de la main. On parlera voyage, la tête dans les nuages. Tu me parleras de toi, un tout petit peu comme toujours quand on est ensemble, j’aurai réussi encore une fois à te faire parler, doucement, sincèrement. On prendra des nouvelles et il sera temps de se séparer. Un dernier au revoir, un dernier sourire, un dernier souvenir.

NB : Titre venant de Stars – Dead Hearts (BO du film Like crazy)

On s’est dit Adieu sans rien se promettre, Au revoir est un vœu trop plein de peut-être.

Je te déposerai tes affaires sur la table. Ton tee-shirt bleu plié, ta montre, ton bracelet. Tu tournerai la cuillère dans ton café, me jetterai ce regard bref, essayerai de lire en moi. Il n’y aura rien à lire, ça sera la fin. Tu auras cessé de me manquer. Il sera temps de te dire au revoir, de te souhaiter une bonne route. Je te regarderai avec tendresse et affection. La tristesse aura laissé place au plaisir de t’avoir connu, d’avoir partagé ces quelques bouts de vie avec toi. Il y aura l’espoir aussi, l’espoir que nos routes se recroisent un jour. Mais je te souhaiterai tout le bonheur du monde, parce que ton sourire est un des plus beaux que je connaisse, parce que tes réflexions font de toi qui tu es. Tu pourras apercevoir au fond de mon regard, une pointe de nostalgie. Tu pourras y voir défiler tous mes souvenirs, tous nos moments. Tu y croiseras une pointe de regrets aussi, un gout amer pour ce jamais, qui a eu du mal a s’immiscer dans mon toujours.

NB : Titre venant de Volo – Montréal