C’est fini.

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Il y a des histoires comme ça qui vous poussent à bout, au bout de tout, au bout de vous. Que vous portez à bout de bras, à bout de forces. Des histoires dans lesquelles on pense qu’on a tout donné et qu’on n’aurait pas pu donner plus, qu’on ne pourra jamais plus donner. Il est de ces histoires où on y croit dur comme fer « et si je mens je vais en enfer ». De ces histoires où on s’encastre dans un mur, jusqu’à se faire mal, jusqu’à se frapper la tête contre le mur histoire que ça rentre un peu plus, comme un peu ces pièces de puzzle qui ne sont pas à la bonne place mais sur lesquelles on force quand même. De ces histoires qui, comme un miroir brisé, laissent des fissures. Ces histoires où tout paraît simple avant que l’on s’emmêle, avant que l’on se malmène. De ces histoires dont on pense qu’on ne s’en remettra pas. Jamais.

Et puis, il y a un soir, sur les réseaux sociaux, au détour de quelques photos, dans ce genre de soirée où des fois on consulte son téléphone, un peu mécaniquement, quand la conversation nous intéresse plus trop ou qu’on a un peu perdu le fil parce que tout le monde parle en même temps, un peu fort, un peu de tout et de rien. On jette un coup d’œil à la vie là bas, de l’autre côté du monde, de l’autre côté de l’atlantique, et on comprend qu’il y a quelqu’un d’autre. Une autre fille dans sa vie. Il reste ce pincement au cœur, et un minuscule nœud à l’estomac et la vie ailleurs, ici, qui nous entraine, qui nous emmène. Les autres nous prennent par la main, allez une dernière danse, allez un dernier verre. On repose le téléphone et on repart dans ces conversations qui font rire aux éclats, dans ces conversations un peu trop captivantes qu’on oublie le temps, et l’espace. On se laisse enivrer et de l’autre côté du monde, on nous demande si ça va, parce qu’on a prévenu de ces photos, et en fait on a juste oublié.

J’ai oublié que souvent, avant, ça me coupait les jambes, le souffle. Oublié à quel point mon cœur se tordait à l’idée qu’une autre laisse se balader ses doigts sur son corps. J’ai oublié à quel point ça pouvait faire mal. Je n’ai pas oublié la douleur pourtant, la blessure a été trop profonde, trop intense, trop tout pour que je l’oublie mais je n’ai plus mal. C’est difficile de donner son cœur et se dire que peut-être, il nous reviendra brisé. Et je crois que c’est l’une des pires choses qui puissent nous arriver, sentir son cœur se briser en mille morceaux à l’intérieur de nous. On ne sait pas s’il faudra de la super glue ou du plâtre pour tout bien recoller. Et puis le temps. Et puis la vie.

Plusieurs fois, je me suis demandé combien de temps cela prenait pour réparer un cœur brisé et aujourd’hui, c’est fini. Je peux le dire, je peux l’écrire. Cela s’est imposé à moi comme un fait, un soir où je faisais défiler mon fil d’actualité. Je ne sais pas si tout est bien réparé, tout est bien recollé. Je sais qu’il me reste des souvenirs. De moments heureux, d’instants à refaire le monde, je ne retiendrai que cela. Le temps finira son œuvre et atténuera pour faire disparaître, l’amertume qu’ont laissé les derniers instants partagés, l’amertume de cette barque qui sombre, nous deux à son bord, sans rien pour nous accrocher même pas nos mains, pour nous accrocher l’un à l’autre.  

Il me reste pour lui, pour nous, pour ce que nous avons été, pour nos nuits éloignés, nos matins qu’on ignore et nos horizons qui ne se rencontreront plus, une immense tendresse, et je crois aussi que je suis reconnaissante. Reconnaissante de cette tendresse qu’il avait pour moi. Reconnaissante où ce soir un peu chafouin, il est juste venu pour me serrer dans ses bras. Reconnaissante où quand on se déchirait, il m’a délicatement déposé un baiser sur le front. Comme pour me dire que tout allait bien se passer, même si là tout de suite, c’était un petit peu plus difficile que d’habitude, que ça allait l’être encore pour quelques temps, mais que ça finirait par passer. Ma tristesse, mon amour pour lui, notre idéal que je m’étais construit. Comme s’il avait su le chemin à parcourir, les bosses sur la route, les égratignures sur les genoux avant aujourd’hui. Reconnaissante d’avoir su que je pouvais aimer à ce point et d’avoir appris à me relever même si je ne pensais pas que c’était possible.

 Va, vis, vole mon amour.

Un visage connu

Je suis tombé amoureux de toi alors que tes bras et tes jambes s’agitaient dans tous les sens sur une musique venue de je ne sais où, une musique des années 80 qu’on a tous entendu une fois à la radio lors des voyages sur l’autoroute de notre enfance. Tu ne faisais attention à rien ni à personne et encore moins à moi. Je ne sais pas si je peux dire que je suis tombé amoureux, je pense que cela s’est fait plus tard, je t’ai remarqué dirait-on. Il fallait que je trouve un moyen de t’aborder, tu avais dansé toute la soirée avec un jeune homme que je pensais être ton petit ami. C’est quand vous vous êtes dirigé vers la sortie, toi lui et tes amis, que je vous ai juste demandé si vous aviez appréciés cette soirée, enfin je me suis surtout adressé à toi. Tu as paru sur la défensive, et c’est moi qui y étais. J’avais peur de me râter, de nous râter. Mais quelques jours plus tard, on s’est reparlé, cette fois ci, de ton initiative. Et on ne s’est plus quitté, voilà comment j’aimerais résumer cette histoire.

Mais je crois que je dirai plus tôt qu’on s’est raté pas mal de fois dans cette histoire, on s’est même pas mal abîmé, égratigné, comme quand on se frotte trop près à un mur, quand on fait une chute sur le bitume, qu’on glisse à même le sol. On s’est un peu trop abimé, je t’ai un peu trop abîmé. Il y eu des moments heureux et je refuse que la fin résume le reste, je refuse que le mauvais remplace le bon, le beau. Je refuse que tes larmes remplacent ton sourire, et ce nœud dans le ventre ces caresses d’adolescents. Parsemées sur des corps vierges de toute souffrance, parsemées un peu par là, un peu beaucoup. Je refuse que le faux remplace le vrai, et que tout soit bâclé comme le furent nos derniers instants. Je refuse que cette histoire soit bâclée, parce que nous deux funambules n’avons pas réussi à tenir en équilibre sur ce fil, parce que je n’ai pas su comment t’aimer, et comment te rattraper sur ce fil un peu bancal.

Et c’est alors que je t’aperçois sur ce quai longeant le port, que je me rappelle cette période, cette histoire, tous ces mots tus alors qu’ils auraient dû être prononcés, ces bras que j’aurai dû ouvrir plus souvent, cette main que j’aurai dû tendre. C’est alors que je me dis que j’aurai dû prendre soin de toi comme il le fallait, comme la jeune fille que tu étais, le méritait. Tu précèdes un petit bout de chou pas plus haut que trois pommes, ses chaussures à la main, à coup de « trésor ». Ton trésor. Ce fils d’un autre. Ton fils. Il s’appelle Martin ou peut-être, Gabin. Tu as surement dû lui apprendre que le cœur d’une femme, ça se respecte, ça se mérite, ça se cajole. Tu as surement dû lui dire que le cœur d’une femme c’est un peu précieux et qu’il faut faire attention à ce qu’on fait avec, à ce qu’on dit. Ton sourire illumine ton visage, tu finis par l’attraper, un homme vous rejoint. Je ne le connais pas, je ne sais rien de lui, rien de vous, rien de ce petit être qui arbore, je suis sur, tes plus belles qualités, cette rage de vaincre et cette irrésistible envie de te battre contre tout, contre tous, contre la vie qui nous malmène un peu, contre les injustices.

C’est alors que j’aimerais te crier, te crier que je suis désolé. Désolé de t’avoir malmené. Désolé de ne pas avoir pris soin de toi comme il le fallait. Mais je ne suis plus qu’un étranger dans cette vie où tu me faisais une place de prince. Et tu n’es plus qu’un amour de jeunesse que j’ai laissé filer, heureusement ou malheureusement, la vie ne nous le dira pas. Un amour de jeunesse devenu femme. Il y a dix ans, on parlait de nos potentiels quinze enfants, et le premier est dans tes bras, cherchant ceux de son père. Tu as l’espace d’un instant recommencer à me manquer, et je suis l’espace d’un instant reparti quelques années auparavant, à ce même endroit, où tout allait prendre une tournure différente. Je n’y avais plus pensé depuis longtemps. Le passé, il ne faut pas trop le remuer et pourtant aujourd’hui te voir là sur le quai longeant ce port, les voiliers se faisant beaux, le soleil illuminant la baie, je me reprends le passé en pleine figure. Tu as arrêté d’écrire, j’ai arrêté de te manquer. On a grandit l’un sans l’autre, l’un avec l’autre sans doute aussi.

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La jolie Célie (que vous lisez sur Miss Blemish) nous parlait récemment de ces ateliers d’écriture où sur un thème imposé, elle devait écrire quelque chose, j’ai repris cette idée et donc le thème Te revoir pour ce texte , mais on a aussi eu cette idée, je vous laisse avec les mots de Célie donc « sur le même schéma que les groupes d’écriture mais, entre blogueurs/blogueuses et gratuitement : se donner un sujet et un certain temps pour composer un texte puis tout(e)s publier le fruit de l’inspiration du moment un même jour sur nos blogs respectifs. Les détails, modalités & cie sont encore à définir. » A vos commentaires, si cela vous intérèsse.

Tourner la page.

Il y a eu ce garçon qui avec beaucoup de douceur, mais aussi de la fermeté, m’a dit qu’il fallait la tourner cette page. J’ai été touchée, mais aussi surprise. Que ça vienne de lui, qu’il n’y aille pas par quatre chemins. Il a raison, sept mois, c’est long, trop long. Mais comment on tourne la page ?

Est ce que c’est effacer ? oublier ? supprimer un numéro de téléphone ? ou un ami de facebook ? Qu’est ce qu’on fait des souvenirs et des éclats de rire ? Est ce que c’est ne plus se retourner et avancer droit devant jusqu’à trébucher une nouvelle fois ? On parle de temps, mais c’est combien ? Une semaine, un mois, six mois, un an, deux ans ? Ça prend combien de temps pour tourner la page ? Toute une vie des fois ou juste une autre personne. C’est ce que ça lui a pris, une autre personne. Ça m’a pris des kilos en moins, et des litres de larmes, des nœuds à l’estomac et des envies de vomir, et c’est pas encore tout à fait ça. On tourne la page à la mesure des sentiments qu’on a eu ou qu’on a encore. Si j’ai aimé fort, trop fort, il va falloir que je la déchire la page parce que sinon je ne vais pas y arriver ? Et si j’aime encore, est ce que je peux quand même tourner la page ? Et si je n’aimais plus, mais que le manque d’affection et de tendresse le rappelaient à moi ? Est ce qu’il faut vraiment couper tout contact, risquer de perdre définitivement quelqu’un ? Déchirer la page pour la tourner, ça ne me plait pas beaucoup à moi. A quoi bon si c’est pour s’essayer à la recoller une fois qu’on sera prêt. Il y a des pages tournées trop tôt pour l’un, trop tard pour l’autre. Sur la mienne, je crois qu’il y a ma main, pour m’empêcher de relire l’histoire encore et encore, et qui tremble un peu. On y trouve ce goût amer pour ce jamais qui s’est immiscé dans mon toujours, et ces nuits à chercher son corps dans mon lit.  Jusqu’au jour où je pourrai murmurer que tout est terminé, acceptant cette fin que j’aurai apprivoisé. Les souvenirs, ne seront plus que ça. Même le manque de lui aura disparu.

Alors je me suis promis de me le rappeler (et j’ai demandé à Twitter aussi de le faire) tous les jours, à chaque instant. Je m’en suis persuadée, persuadée que c’était la meilleure chose à faire. Pour moi, pour lui, pour ce nous qui une fois fut. Pour honorer ce qu’il est, ce que je suis, ce que j’ai été. Là où la folie n’a plus suffit, là où il reste encore un peu de ses rêves sur mon oreiller, et du rouge à lèvre au coin de sa bouche. Où il reste l’effleurement de ma main sur son torse, et celui de mes doigts dans ses cheveux. Honorer ce passé où nos rêves éveillés n’ont plus suffit, où deux étudiants se sont essoufflés à force de courir après ce je ne sais quoi, qu’ils n’ont pas trouvé.

Il est temps que mon cœur s’essouffle lui aussi, de cet amour un peu trop encombrant, qu’il se laisse bercé par les vents contraires, pour à nouveau trébucher et aimer.

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