Un visage connu

Je suis tombé amoureux de toi alors que tes bras et tes jambes s’agitaient dans tous les sens sur une musique venue de je ne sais où, une musique des années 80 qu’on a tous entendu une fois à la radio lors des voyages sur l’autoroute de notre enfance. Tu ne faisais attention à rien ni à personne et encore moins à moi. Je ne sais pas si je peux dire que je suis tombé amoureux, je pense que cela s’est fait plus tard, je t’ai remarqué dirait-on. Il fallait que je trouve un moyen de t’aborder, tu avais dansé toute la soirée avec un jeune homme que je pensais être ton petit ami. C’est quand vous vous êtes dirigé vers la sortie, toi lui et tes amis, que je vous ai juste demandé si vous aviez appréciés cette soirée, enfin je me suis surtout adressé à toi. Tu as paru sur la défensive, et c’est moi qui y étais. J’avais peur de me râter, de nous râter. Mais quelques jours plus tard, on s’est reparlé, cette fois ci, de ton initiative. Et on ne s’est plus quitté, voilà comment j’aimerais résumer cette histoire.

Mais je crois que je dirai plus tôt qu’on s’est raté pas mal de fois dans cette histoire, on s’est même pas mal abîmé, égratigné, comme quand on se frotte trop près à un mur, quand on fait une chute sur le bitume, qu’on glisse à même le sol. On s’est un peu trop abimé, je t’ai un peu trop abîmé. Il y eu des moments heureux et je refuse que la fin résume le reste, je refuse que le mauvais remplace le bon, le beau. Je refuse que tes larmes remplacent ton sourire, et ce nœud dans le ventre ces caresses d’adolescents. Parsemées sur des corps vierges de toute souffrance, parsemées un peu par là, un peu beaucoup. Je refuse que le faux remplace le vrai, et que tout soit bâclé comme le furent nos derniers instants. Je refuse que cette histoire soit bâclée, parce que nous deux funambules n’avons pas réussi à tenir en équilibre sur ce fil, parce que je n’ai pas su comment t’aimer, et comment te rattraper sur ce fil un peu bancal.

Et c’est alors que je t’aperçois sur ce quai longeant le port, que je me rappelle cette période, cette histoire, tous ces mots tus alors qu’ils auraient dû être prononcés, ces bras que j’aurai dû ouvrir plus souvent, cette main que j’aurai dû tendre. C’est alors que je me dis que j’aurai dû prendre soin de toi comme il le fallait, comme la jeune fille que tu étais, le méritait. Tu précèdes un petit bout de chou pas plus haut que trois pommes, ses chaussures à la main, à coup de « trésor ». Ton trésor. Ce fils d’un autre. Ton fils. Il s’appelle Martin ou peut-être, Gabin. Tu as surement dû lui apprendre que le cœur d’une femme, ça se respecte, ça se mérite, ça se cajole. Tu as surement dû lui dire que le cœur d’une femme c’est un peu précieux et qu’il faut faire attention à ce qu’on fait avec, à ce qu’on dit. Ton sourire illumine ton visage, tu finis par l’attraper, un homme vous rejoint. Je ne le connais pas, je ne sais rien de lui, rien de vous, rien de ce petit être qui arbore, je suis sur, tes plus belles qualités, cette rage de vaincre et cette irrésistible envie de te battre contre tout, contre tous, contre la vie qui nous malmène un peu, contre les injustices.

C’est alors que j’aimerais te crier, te crier que je suis désolé. Désolé de t’avoir malmené. Désolé de ne pas avoir pris soin de toi comme il le fallait. Mais je ne suis plus qu’un étranger dans cette vie où tu me faisais une place de prince. Et tu n’es plus qu’un amour de jeunesse que j’ai laissé filer, heureusement ou malheureusement, la vie ne nous le dira pas. Un amour de jeunesse devenu femme. Il y a dix ans, on parlait de nos potentiels quinze enfants, et le premier est dans tes bras, cherchant ceux de son père. Tu as l’espace d’un instant recommencer à me manquer, et je suis l’espace d’un instant reparti quelques années auparavant, à ce même endroit, où tout allait prendre une tournure différente. Je n’y avais plus pensé depuis longtemps. Le passé, il ne faut pas trop le remuer et pourtant aujourd’hui te voir là sur le quai longeant ce port, les voiliers se faisant beaux, le soleil illuminant la baie, je me reprends le passé en pleine figure. Tu as arrêté d’écrire, j’ai arrêté de te manquer. On a grandit l’un sans l’autre, l’un avec l’autre sans doute aussi.

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La jolie Célie (que vous lisez sur Miss Blemish) nous parlait récemment de ces ateliers d’écriture où sur un thème imposé, elle devait écrire quelque chose, j’ai repris cette idée et donc le thème Te revoir pour ce texte , mais on a aussi eu cette idée, je vous laisse avec les mots de Célie donc « sur le même schéma que les groupes d’écriture mais, entre blogueurs/blogueuses et gratuitement : se donner un sujet et un certain temps pour composer un texte puis tout(e)s publier le fruit de l’inspiration du moment un même jour sur nos blogs respectifs. Les détails, modalités & cie sont encore à définir. » A vos commentaires, si cela vous intérèsse.

C’était une belle journée.

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Ce coup de fil qu’on aurait ne pas voulu recevoir. Cette conversation Skype qu’on aurait aimé ne pas avoir. C’est qu’on aura tous traversé la planète. Certains viennent du bout du monde, d’autres de juste à coté. On a sauté dans un avion, pris une robe, deux tee-shirts, la brosse à dents. On ne s’est posé aucune question. Pour se retrouver à l’aéroport, les yeux rougis, on dira que c’est la fatigue. Mais on sait, on sait qu’on a passé la nuit à pleurer. Maintenant, il va falloir affronter, se montrer fort. Certains sont en costume. Alors que pour d’autres c’est jean-basket. Si tu le voyais, il est si élégant avec sa veste noire sur sa chemise à carreaux. Et elle avec sa robe noire, qu’elle a pris soin de ne pas froisser dans sa valise. Certaines ont mis du blush et d’autres se sont arrangées les cheveux. Ses yeux verts anis sont remplis d’eau, qui risque à tout moment de déborder, alors qu’elle baisse ses yeux bleus azur, comme une enfant. Le flot des larmes est discontinu. C’est par moment. Comme un coup de vent, pour nous rappeler que tu n’es plus. On est tous là, il ne manque personne. Et on ne sait pas quoi se dire. Les mots semblent dérisoires. Mais on esquisse un sourire, entre deux larmes. On se prend dans les bras. La pudeur de certains contre les larmes des autres. Les mains qui se lient, il faut s’avancer, se préparer à clore la pièce. Qu’elle était belle, on n’était juste pas préparer à jouer ce dernier acte. Certains parlent, alors que d’autres silencieux, essayent de coucher quelques mots sur le papier, pour te dire leurs derniers mots. On essaye de se parler, de se souvenir. Se souvenir de ton rire, et de tes blagues alors soudain un éclat de rire, une anecdote dont on se rappelle tous. On ne pense plus au pourquoi ni au comment. On repart quelques années en arrière, dans la cuisine de ton appartement lors d’une soirée alcoolisée. On repart sur la plage, notre première sortie de groupe. On repart un tout petit peu mais la réalité nous rappelle. Il faut prendre place, se tenir serrer sur un banc. Réconforter ceux pour qui les larmes ne peuvent s’arrêter de couler. Il a fallu se lever, aller dire quelques mots sur toi, comme si tu étais encore là. Quelques mots seulement, pas un de plus pour te garder encore un peu. Le passé qu’il va maintenant falloir utiliser. On s’est alors retrouvé en file indienne, à jeter de la terre sur nos souvenirs. Il n’a pas pu le supporter, son corps a collapsé. Il a fallu le prendre par les épaules, le bercer comme un enfant. Il m’a dit, il m’a dit que tu lui manquais.  Il a fallu clore cet acte, clore cette pièce mais pas avant d’avoir retrouvé nos vingt ans, pas avant. Il fallait partir, il fallait aller voir la mer. D’un hochement de tête, on a sauté dans la voiture. Ce n’était pas raisonnable mais qu’est ce qui est raisonnable dans ces moments.  Les cheveux aux vents on s’est rappelé. On s’est rappelé l’Amérique, on s’est rappelé nos promesses. Le vent qui frappait les larmes, qui séchait les yeux humides.  Ma robe a volé, alors j’ai ri. Ri comme tu l’aurais fait. Et je les ai emmené au café du coin, tu sais ce café. Les rayons de soleil ont caressé les vitres, laissant apparaître des ombres sur la table. Elle a laissé pousser ses cheveux, ils vont se marier, il vient d’avoir son diplome. Et on s’est reparlé, comme hier. Comme il y a trois ans. Ils ne sont plus là nos vingt ans, tu n’es plus là. C’était une belle journée.

Titre emprunté à Miss Blemish

On s’est dit Adieu sans rien se promettre, Au revoir est un vœu trop plein de peut-être.

Je te déposerai tes affaires sur la table. Ton tee-shirt bleu plié, ta montre, ton bracelet. Tu tournerai la cuillère dans ton café, me jetterai ce regard bref, essayerai de lire en moi. Il n’y aura rien à lire, ça sera la fin. Tu auras cessé de me manquer. Il sera temps de te dire au revoir, de te souhaiter une bonne route. Je te regarderai avec tendresse et affection. La tristesse aura laissé place au plaisir de t’avoir connu, d’avoir partagé ces quelques bouts de vie avec toi. Il y aura l’espoir aussi, l’espoir que nos routes se recroisent un jour. Mais je te souhaiterai tout le bonheur du monde, parce que ton sourire est un des plus beaux que je connaisse, parce que tes réflexions font de toi qui tu es. Tu pourras apercevoir au fond de mon regard, une pointe de nostalgie. Tu pourras y voir défiler tous mes souvenirs, tous nos moments. Tu y croiseras une pointe de regrets aussi, un gout amer pour ce jamais, qui a eu du mal a s’immiscer dans mon toujours.

NB : Titre venant de Volo – Montréal