Repartir.

Je fais la fière mais je vous avouerai que j’ai un peu peur. Car ce n’est jamais facile de recommencer à zéro une nouvelle fois, et d’avoir l’impression de le faire pas mal de fois dans sa (courte) vie. Recommencer une nouvelle fois à la fin des études, recommencer une nouvelle fois dans une nouvelle ville, un nouveau pays, sur un nouveau continent. Ce n’est jamais facile et on a peur. Peur de ne pas trouver ses repères, de ne pas trouver nos marques. Peur d’être seule, peur de l’ennui, de la solitude. Peur de n’avoir que pour me réconforter ma peluche fétiche. Peur de la distance et de la vie qui continue sans nous en France. Peur des premiers jours d’adaptation. Mais c’est aussi beaucoup d’excitation. C’est la découverte d’un nouveau pays, d’une nouvelle langue, d’un nouveau continent. C’est pour le coup, être vraiment à l’autre bout du monde. Ce sont des heures interminables (c’est le cas de le dire) en avion et un mode de vie complètement diffèrent, diffèrent du notre et de ceux qu’on a pu toucher du bout des doigts avant. C’est le premier pas dans la cour des grands. Un vrai travail comme on en rêvait, un travail dans le domaine qu’on voulait. C’est une confiance qu’on nous donne, une confiance qu’on a gagnée. C’est ne plus être une étudiante, c’est sortir de notre zone de confort, c’est sortir du cocon qu’on s’est crée. C’est dépasser les limites en y laissant quelques larmes, en émettant quelques doutes. C’est se lancer, avec appréhension et excitation. C’est se lancer pour une nouvelle vie. Se lancer dans quelque chose que l’on ne connaît pas vraiment. C’est sourire à l’inconnu et se dire que l’inconnu ne le sera plus tant que ça dans quelques mois. C’est entendre déjà tout le monde me parler de vacances, de venir me voir. Ce sont ces amis qui sont vraiment heureux pour nous. Parce que la persévérance a payé, parce que seulement 5 mois après le diplôme, on va encore s’envoler à un autre endroit de la planète, faire ce pourquoi on a arpenté les bancs de l’école, faire ce que l’on aime. Ce sont aussi ces visages d’amis, de la famille un peu inquiets, un peu tristes parce que c’est un peu loin quand même, parce que les vies vont continuer sur un faisceau horaire diffèrent, parce que les évènements vont s’enchainer sans qu’on puisse être là pour célébrer, sans qu’on puisse pleurer, aimer, rire avec eux. Ce sont les sms remplis de je ne veux pas que tu partes, les larmes des plus petits qui ont peur parce qu’un an ou deux, ça parait long, très long. C’est consoler, rassurer. Se rassurer soi-même aussi, se consoler. Ce sont les larmes des au revoir, ce sont les yeux humides de l’aéroport. Mais c’est aussi dans un regard, se promettre qu’on se souviendra, qu’on sera toujours là. Parce que le monde est petit, parce que le monde est à portée de main, à portée d’un voyage, d’un email, d’un skype, d’un whatsapp, de facebook, de twitter, et de tous ces réseaux sociaux et moyens de communications qui nous permettent d’être proche en étant si loin.

Il y a des avions qui décollent pour ici, là-bas, ailleurs. Et il y a quelques jours, il y avait cet avion qui décollait avec moi à son bord, pour quelques temps, quelques mois, pour une année ou un peu plus. Dans ce pays, sur ce continent que je ne connais pas (encore).
L’Asie, le Cambodge plus précisement.

Bientôt mes premières impressions, en attendant bons baisers de Phnom Penh !

De l’autre côté de l’atlantique [Part I]

Malibu

Ca fait quelques temps déjà que je veux vous parler de cette année passée aux Etats Unis, mais je ne savais pas trop comment, et j’avais peur que ce soit un peu trop long et de ne pas savoir comment organiser mes souvenirs, et puis il y eu cet article de Proserpinne, et celui là un peu plus ancien de Jasmine, et je me suis dit que peut être, je pouvais essayer de mettre de l’ordre dans tout ça (vous m’excuserez si c’est pas tout à fait ça)(et puis je devais bien le faire, parce que déjà que j’arrive pas à trier les photos et à faire des albums)

C’est une année passée à l’étranger, à 9000 km de chez moi, de l’autre côté de l’atlantique, là bas où le soleil brille toute l’année, où quand on en entend parler, on pense palmiers, sable blanc, surfs et stars de cinéma. C’est bien de la Californie dont je veux vous parler (et pourtant ce n’était pas mon premier choix, je voulais le Mississipi, pour le campus, pour les cours) (donc vous devinerez que j’y suis partie en programme d’échange universitaire). A deux heures de Los Angeles, un peu moins peut-être, en tout cas tout proche de Santa Monica, 4h de Vegas et de San Francisco. Pas dans une grande ville non, pas dans une université comme UCLA, mais si je devais changer quelque chose, je ne changerai rien. Cette année ne fut pas parfaite car même à l’autre bout du monde il y a des hauts et des bas, et on pourrait même en imaginer encore plus, car on ajoute aux bobos quotidiens, et autres histoires, la distance avec les amis, et la famille, les évènements que l’on manque (mariage, divorce, naissance, anniversaires, diplômes) mais aussi le temps qui passe, les vies qui avancent sans nous. La distance, ce n’est pas franchement facile. Je crois que c’est l’une des premières questions que je me suis posée avant de partir, mais est ce que les enfants de la famille vont penser à moi quand je serais loin, est ce qu’ils vont me reconnaître quand je reviendrai, mais comment je ferais sans vous, sans ma maman en cas de petit bobos de corps et d’âme, et comment on fera pour se donner des nouvelles, mais je vais louper des trucs, mais vous allez plus m’aimer pareil. Et puis ma famille et mes amis m’ont rassuré. Ils ont été présent jusqu’au dernier moment, jusqu’aux lignes de sécurité, jusqu’aux dernières larmes et aux revoirs avant de disparaître dans la foule des voyageurs de Roissy, jusqu’aux derniers textos envoyer dans la salle d’embarquement pleins de je t’aime, je ne vous oublierai pas, de on se parle bientôt. Et 9h plus tard, j’atterrissais à San Francisco. Bientôt 4 ans et pourtant c’est comme si c’était hier et des fois, c’est comme si ça faisait 10ans.

San Francisco / Golden Gate

Septembre à juillet. Deux journées de cours la plupart du temps, des fois trois, et surtout pas mal de travail personnel (et des QCM). Les manuels scolaires qui coûtent super méga hyper cher. Mais aussi un système scolaire auquel on doit s’adapter. Et des fois, bien s’en sortir, même mieux que certains étudiants américains parce qu’on nous a appris à rédiger et qu’on fait un peu plus attention. Et parce que le par cœur ça nous connaît. Mais c’est aussi des fois avoir un dictionnaire en classe et réviser jusqu’à pas d’heure parce que pas de traitement de faveur, et qu’on veut bien faire. Et ce qui était bien, c’est que la BU fermait à minuit et après les salles de classe et les couloirs restaient ouverts alors, des fois entre copines (ou toute seule), on restait tard voir très tard pour cet exam qui nous faisait un peu peur. Je ne compte pas aussi le nombre de soirée qu’on a pu faire. Des soirées alcoolisées ou non, de celles où on croit que E.T s’est réincarné en bouche à incendie, ou de celles à discuter des heures en terrasse (parce que la Californie c’est un peu la classe pour ça aussi, il fait chaud toute l’année). Les évènements à l’américaine : un mariage, Thanksgiving qui je crois reste ma fête préférée (si je ne le fête pas tous les ans depuis, c’est un vrai petit drame pour moi), le Homecoming, le Superbowl, les playoff de basket et toutes ces fêtes que nous connaissons qui prennent une toute autre dimension : Noël et ses chants dans tous les magasins, sur toute la radio dès le 2 novembre, la St Valentin et des cartes pour tout le monde, de maman à papa, aux frères et sœurs, aux professeurs, aux voisins et même au chien, au chat et à la tortue (poisson rouge et tout ce que vous voulez). Et Halloween, avec les costumes et le Trick or Treat et même que nos potes se fichaient de nous, mais pour nous on est jamais trop grands pour aller frapper aux portes et c’était drôle, si vous saviez comment et ces maisons parfaitement décorés pour l’occasion. Mais Halloween, c’est aussi une fête sur le campus, être au mauvais endroit au mauvais moment, et le mauvais côté de la Californie et des Etats Unis qui ressort. Il y a eu tellement en un an que c’est dur de raconter, c’est dur comme quand on demande une fois rentrée, alors c’était comment. Comment vous résumerez un an de votre vie vous ? Comment résumez ces liens si forts qu’on a crée avec des gens venus des quatre coins du monde, qu’on est pas sur de revoir un jour et on ne sait même pas où. Ces gens en un an sont devenus une famille, des gens qui vivaient pour la plupart la même chose que moi. Ces gens à qui on s’attache vite et très fort parce qu’on sait qu’on a pas vraiment le temps de se poser trois mille questions, alors si on le sent, on fait confiance et on s’aime fort fort fort.

Los Angeles

C’est vivre à 300 à l’heure, se laisser guider par la folie, l’envie, la spontanéité et l’aventure.

C’est dur de résumer la vie sur un campus américain, alors oui tous les clichés sont vrais et en même temps pas tant que ça. Non tous les américains ne sont pas obèses, oui la plupart des étudiants travaillent en plus de leurs études, et non les basketteurs et cheerleaders ne sont pas super populaires, et oui il y a bien des fraternités et sororités. Et j’ai envie de revenir au gym parce que franchement c’est un peu trop cool de pouvoir y aller de nuit comme de jour pour courir, jouer au basketball entre amis (ce qui m’a valu une belle entorse, basketteuse professionnelle je passe mon tour), ou au badminton, et puis même qu’on peut faire de l’escalade, prendre des courses de danse et avoir un coach particulier (non mais je vous dit, le gym = le rêve = comment je n’ai pas pris de poids). C’est qui était plus ou moins cool par moment aussi c’etait de partager sa chambre de 20m2 avec quelqu’un et la salle de bain avec les filles de l’étage (mais elles étaient cool et propres), et de devoir aller au self. Ce qui était cool aussi, c’est que les gens ne font pas particulièrement attention à comment ils s’habillent alors va pour le pyjama pour aller faire les courses ou prendre le petit déjeuner, mais pour nous autres européens, ça paraît inconcevable (et je fais partie de ce lot, non je ne descendrais pas à la cafeteria en pyjama à carreaux) alors on avait des compliments sur notre tenue (et franchement faut avouer que c’est plutôt cool pour l’ego). Je pourrais aussi vous dire comment les prix changent entre les Etats Unis et la France (comme Starbucks ou une paire de Converse et que ça choque un peu quand on rentre) Et il y a eu des matchs de basket, de football, de volley aussi, et toujours des pompom girls et l’hymne américain à chaque fois.

Yosemite

Je pourrais encore vous dire pleins de choses comme le patriotisme américain (et surtout en classe de relations internationales), ou le fait qu’on reconnaissait les français à leurs chaussures, les français portent des espadrilles (et ils râlent aussi, beaucoup, trop),ou encore que c’est un peu déconcertant la première fois où on te demande comment tu vas à la caisse, et quand on te demande si à 20 ans, tu cherches déjà ton mari (parce que tu es un peu en retard tu comprends) Je ne sais pas trop si je vous raconte vraiment mon année mais quatre ans après, et puis un an à raconter, c’est beaucoup et cet article est déjà beaucoup trop long. (demain, ou lundi, je vous parle de voyage pendant cette année)

Malibu

Ps: Toutes les photos m’appartiennent ou aux copines (Merci les copines)(dans l’ordre : Venice Beach, San Francisco, Los Angeles, Yosemite et Malibu), prière de ne pas les utiliser sans mon autorisation.

Mesi Anpil Ayiti chérie

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C’est avec le cœur lourd que je te quitte. Je ne savais pas, je ne pensais pas. Haïti, tu m’as ému, tu m‘as touché. Tu m’as frustré aussi, tu m’as révolté. J’ai pris une claque face à l’élégance de ta population. Ces enfants en uniformes à la sortie de l’école, ces femmes dans la rue et ses hommes en costume partant au travail. J’ai pris une claque face à la gentillesse de ta population, face à ses sourires et à ses timouns rieurs. Je n’ai jamais cessé d’être surprise de tes habitants, de leur force, de leur espoir. J’ai aussi été en colère, en colère contre l’état de ton pays pourtant si beau, contre ces gens qui se sont résignés, contre ceux qui disent avancer d’un pas pour reculer de deux, contre ceux qui disent être habitués. J’ai aussi souvent voulu sauter de la voiture, aller aider ce monsieur à pousser sa brouette, ces enfants à porter ces bidons d’eau. J’ai voulu sauter de la voiture pour sortir ces gens des détritus, pour leur dire de ne pas boire cette eau contaminée. Mais aussi pour tous ces enfants qui mendiaient. Mais j’ai aussi voulu jouer au foot avec eux et m’asseoir sur les marches de la Place Boyer, et discuter avec ses marchandes sur le bord de la route. Discuter avec ses filles pour leur dire que vendre leur corps n’est pas la solution. Je me suis sentie impuissante des fois, toute petite aussi. Bien trop petite pour ce si grand monde qui est le tien, pour cette si grande dignité. J’ai pris conscience, pris conscience d’un tas de choses, du nombre de litre d’eau que je consomme, que si internet est lent, ce n’est pas bien grave et que se doucher à l’eau  froide ce n’est pas la fin du monde, comme cohabiter avec toutes sortes d’animaux. J’ai aussi appris, beaucoup. Sur moi, sur toi, sur tes habitants. J’ai appris sur eux, sur leur gentillesse, et leur fatigue, mais aussi leur colère et leur tristesse. J’ai aussi rencontré des gens avec la main sur le cœur, travailler avec eux. Leurs compliments, leurs sourires, leurs encouragements vont me manquer. Et ces bruits de klaxonne dans la rue aussi. Et ces haïtiens qui mettent une doudoune à la moindre goutte de pluie aussi.

Oui, j’ai un peu hâte de rentrer, retrouver ma famille, mes amis, Paris, le Sud. Mais j’ai peur aussi, peur de ne pas m’adapter. Peur du froid, peur d’être devenue intolérante. Intolérante à la vie quotidienne, à leurs problèmes. Devenue intolérante à leurs petits bobos, à leur coupure de chauffage ou d’eau, parce que qu’il y a des gens à l’autre bout du monde (et même au coin de notre rue), qui vivent sans, qui survivent. Peur d’être devenue intolérante à ce qu’on prend pour acquis, aux futilités, à la fatalité aussi.

Mesi anpil Ayiti chérie, pour tes sourires, pour ton accueil, pour ses rencontres. Pour cette claque que j’ai prise, et pour cette envie que j’ai, déjà, de revenir. Ce n’est pas un au revoir, mais A bientôt !

Lecteur, quand tu liras ceci, je serais soit en route pour l’aéroport, ou déja dans l’avion, ou peut-être même en France. Je te laisse avec cette vidéo, une chanson qui m’a toujours apaisée, avec de sublimes images de ce si beau pays, et de belles paroles. 

Un de ces soirs

Sans titre 3Où la nuit se fait un peu plus profonde, un peu plus noire, où les draps ne suffisent plus à remplacer la couette. La pluie s’est remise à tomber alors qu’elle s’était faite absente depuis quelques semaines. C’est un de ces soirs où on se dit que ça aurait fait un an, et que ca aurait peut-être bien pu marcher. Un des ces soirs, où l’hiver n’est pas tout à fait là (et ne le sera jamais vraiment), mais où il fait bon d’enfiler un gilet quand même. La petite brise va rappeler le bord de mer de l’océan atlantique dans cette maison aux volets verts qui a abrité mon enfance. Un de ces soirs, où je pourrais envoyer des emails à des gens à qui je devrais (ou pas) en envoyer, où le décalage horaire dérange un peu trop, et que la distance est un peu lourde à porter. Ce sont ces mélodies au piano qui résonnent, et cette bougie que j’aimerais allumer. Ce chocolat chaud et ces quelques marshmallows m’attendraient avec un plaid. Un de ces soirs, où il me manque un peu trop et où Noël paraît loin, loin parce qu’ici, Noël ne ressemble pas à Noël. Les sapins sont de sortie, les chocolats aussi, mais il n’y a pas ce froid qui te fait rougir les joues, et te fait te cacher le nez dans ton écharpe. Un de ces soirs où les jours commencent à compter. Je rentre bientôt, un peu trop tôt peut être, je ne sais pas. Un de ces soirs où on imagine la tablée de Noël, et son repas festif. Ces embrassades et ces quelques mots murmurés à l’oreille. Leur dire que je les aime, que j’ai de la chance de les avoir, qu’on a de la chance de s’avoir. Un de ces soirs qui n’appelle que deux bras pour se blottir dedans. Où mon dos fait des siennes, un peu bloqué à cause du sport (quand je vous disais, que je ne faisais pas les choses à moitié). Un de ces soirs, où mon corps sent le chocolat (ou peut être le beurre de charité, je ne sais pas vraiment) où j’enfile un jean et un tee-shirt blanc, en mettant quelques barrettes dans mes cheveux. Un de ces soirs, où je file au restaurant et que ca fait un tout petit peu du bien quand même, et où la pizza et les fraises à la chantilly vont apporter un peu de réconfort. Un de ces soirs où tout est un peu compliqué. Compliqué de devoir finir d’écrire ce mémoire, et compliqué d’être un peu là bas et un peu ici, en même temps.

Un des ce soirs, un peu comme ca, pas tout à fait assez.

C’était une belle journée.

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Ce coup de fil qu’on aurait ne pas voulu recevoir. Cette conversation Skype qu’on aurait aimé ne pas avoir. C’est qu’on aura tous traversé la planète. Certains viennent du bout du monde, d’autres de juste à coté. On a sauté dans un avion, pris une robe, deux tee-shirts, la brosse à dents. On ne s’est posé aucune question. Pour se retrouver à l’aéroport, les yeux rougis, on dira que c’est la fatigue. Mais on sait, on sait qu’on a passé la nuit à pleurer. Maintenant, il va falloir affronter, se montrer fort. Certains sont en costume. Alors que pour d’autres c’est jean-basket. Si tu le voyais, il est si élégant avec sa veste noire sur sa chemise à carreaux. Et elle avec sa robe noire, qu’elle a pris soin de ne pas froisser dans sa valise. Certaines ont mis du blush et d’autres se sont arrangées les cheveux. Ses yeux verts anis sont remplis d’eau, qui risque à tout moment de déborder, alors qu’elle baisse ses yeux bleus azur, comme une enfant. Le flot des larmes est discontinu. C’est par moment. Comme un coup de vent, pour nous rappeler que tu n’es plus. On est tous là, il ne manque personne. Et on ne sait pas quoi se dire. Les mots semblent dérisoires. Mais on esquisse un sourire, entre deux larmes. On se prend dans les bras. La pudeur de certains contre les larmes des autres. Les mains qui se lient, il faut s’avancer, se préparer à clore la pièce. Qu’elle était belle, on n’était juste pas préparer à jouer ce dernier acte. Certains parlent, alors que d’autres silencieux, essayent de coucher quelques mots sur le papier, pour te dire leurs derniers mots. On essaye de se parler, de se souvenir. Se souvenir de ton rire, et de tes blagues alors soudain un éclat de rire, une anecdote dont on se rappelle tous. On ne pense plus au pourquoi ni au comment. On repart quelques années en arrière, dans la cuisine de ton appartement lors d’une soirée alcoolisée. On repart sur la plage, notre première sortie de groupe. On repart un tout petit peu mais la réalité nous rappelle. Il faut prendre place, se tenir serrer sur un banc. Réconforter ceux pour qui les larmes ne peuvent s’arrêter de couler. Il a fallu se lever, aller dire quelques mots sur toi, comme si tu étais encore là. Quelques mots seulement, pas un de plus pour te garder encore un peu. Le passé qu’il va maintenant falloir utiliser. On s’est alors retrouvé en file indienne, à jeter de la terre sur nos souvenirs. Il n’a pas pu le supporter, son corps a collapsé. Il a fallu le prendre par les épaules, le bercer comme un enfant. Il m’a dit, il m’a dit que tu lui manquais.  Il a fallu clore cet acte, clore cette pièce mais pas avant d’avoir retrouvé nos vingt ans, pas avant. Il fallait partir, il fallait aller voir la mer. D’un hochement de tête, on a sauté dans la voiture. Ce n’était pas raisonnable mais qu’est ce qui est raisonnable dans ces moments.  Les cheveux aux vents on s’est rappelé. On s’est rappelé l’Amérique, on s’est rappelé nos promesses. Le vent qui frappait les larmes, qui séchait les yeux humides.  Ma robe a volé, alors j’ai ri. Ri comme tu l’aurais fait. Et je les ai emmené au café du coin, tu sais ce café. Les rayons de soleil ont caressé les vitres, laissant apparaître des ombres sur la table. Elle a laissé pousser ses cheveux, ils vont se marier, il vient d’avoir son diplome. Et on s’est reparlé, comme hier. Comme il y a trois ans. Ils ne sont plus là nos vingt ans, tu n’es plus là. C’était une belle journée.

Titre emprunté à Miss Blemish

Le nouveau monde – Saint Domingue, République Dominicaine

Je pourrais vous raconter comment je me suis retrouvée à la porte à Saint Domingue, et comment j’ai dévalé la rue en courant, pieds nus (parce que oui, vous le savez déjà, je ne fais pas les choses à moitié, mes sandalettes chéries m’ayant lâchées) pour rejoindre mes amis et ne pas passer la nuit sur le palier d’une maison dominicaine. Je pourrais aussi vous dire qu’en République Dominicaine, les tap tap sont remplacés par les guaguas et nos blocus haïtiens sont appelés tapòn. Que c’est une capitale digne d’un pays développé, mais qu’on peut y croiser la misère selon les endroits où on se ballade. Mais qu’il y a aussi un magasin Hugo Boss et Dior, ou même des casinos sur des avenues comme l’Avenue Lincoln ou Georges Washington. Il y a des autoroutes et des feux de circulations qui fonctionnent parfaitement et des panneaux publicitaires incitant à attacher sa ceinture, mettre son casque ou encore être courtois au volant. On y trouve Mc Donalds, Burger King, Wendy’s et toutes les autres marques américaines.

La rue commercante, El Conde

Par contre, il y a pas ou peu d’eau chaude et un très fort racisme envers les haïtiens. On y parle espagnol et la République Dominicaine occupe les 2/3 de l’ile Hispaniola. Certains dominicains n’aiment pas les haïtiens à cause du vaudou notamment et très peu ont déjà mis les pieds chez leurs voisins. Le tribunal constitutionnel du pays a récemment pris la décision de retirer la nationalité dominicaine à des haïtiens vivant dans le pays depuis pas mal d’années (donc des milliers de personnes vont se retrouver sans nationalité, c’est la fête !). Je pourrais aussi vous dire qu’il y a des cinémas et des centres commerciaux, et que j’ai pu marcher dans la rue, et que j’ai retrouvé un peu de ma liberté. J’ai déambulé dans les rues le soir, et j’ai été dansé le Merengue et la Bachata. Les gens m’ont toujours aidé à trouver mon chemin, quand j’avais l’air perdue. Par contre, si tu es blanche en République Dominicaine alors tu es forcement américaine. Il y a 8 aéroports internationaux dans le pays et pas mal de touristes, la plupart vont à Punta Cana en all inclusive.

Las casas reales (Les maisons royales)

Je pourrais aussi vous dire que pour la première fois, j’ai vu des enfants vendant tout et n’importe quoi dans la rue, que j’ai visité un projet d’enfants des rues, et que ça m’a conforté dans la direction à prendre pour mon avenir professionnel. Je pourrais vous dire que Boca Chica, c’est un lieu de prédilection pour la prostitution et le travail des enfants. Mais que c’est la plage la plus proche de la capitale et que donc les touristes s’y regroupent en masse. Je pourrais aussi vous dire que j’ai été stupéfaite de la différence entre les deux pays voisins : 45 min d’avion ou une dizaine d’heure de voiture les sépare et pourtant deux mondes complètement à part. Je pourrais vous dire que j’ai aimé la zone coloniale, un mini San Francisco à la sauce latino américaine. Je pourrais aussi vous dire qu’ici comme en Haïti, il y a l’heure dominicaine, donc les choses prennent un certain temps à se faire, et il faut se montrer patient. Je pourrais aussi vous dire que j’ai rencontré des personnes extraordinaires avec la main sur le cœur. Mais que je me suis fait appeler Mi amor à tout bout de champs et que les yeux bleus doivent être vraiment rares vu les remarques que j’ai eu. La vie est moins chère qu’en Haïti, et ca m’a fait plaisir de voir qu’une boite de céréales, non, ne vaut pas quasiment 10 dollars US (8 euros).

Premier hôpital du nouveau monde San Nicolás de Bari

J’ai aimé la chaleur des Caraïbes et de ses habitants, que j’ai aussi retrouvé en Haïti. Je pourrais vous dire que j’ai pris un « coucou » pour traverser la frontière, maximum 20 places, qui a du mal à ne pas basculer dans tous les sens quand il rencontre un nuage mais que ce fut une aventure. Je pourrais aussi vous dire que Saint Domingue, c’est super grand et qu’on y trouve de tout,  en passant de la zone coloniale au quartier des affaires, aux barrios un peu chaud, mais aussi au Malecòn, avenue de 8km longeant la mer, à des lacs naturels sous terrain à 15 min de la ville toujours dans la capitale. Je pourrais vous dire que Christophe Colomb est vachement présent et que ce fut la première ville découverte par ce cher navigateur.  Je pourrais aussi vous dire qu’en République Dominicaine, le baseball est le sport national, les gens ne jurent que par ça et y jouent même dans la rue (comme le football en Haïti). Je pourrais aussi vous dire que j’ai rencontré des enfants dans une toute nouvelle école, que j’ai joué au foot et « à chat », et qu’ils ont adoré prendre des photos avec mon téléphone, et qu’ils m’ont demandé de leur ramener des camions gros comme ca, et des poupées.

Mais je vous dirais aussi que j’étais contente de prendre mon  « coucou » pour retourner en Haïti, et qu’un grand sourire s’est affiché sur mon visage quand j’ai retrouvé un des chauffeurs à l’aéroport, et même qu’on m’appelle la voyageuse ici.

Mais je vous dirai aussi, que lundi dernier, jour férié en Haïti (Bataille de Vertières, tout ça tout ça), j’ai du le passer enfermer à la maison pour restriction de sécurité à cause de manifestations, et que pour la première fois, j’ai reçu des mails et des sms de l’ambassade pour me tenir au courant de la situation (et que j’ai aussi faillit faire une crise cardiaque quand lundi matin (ce meme jour férié, si tu suis bien lecteur), le gardien a ouvert ma porte de chambre alors que je dormais car il cherchait un fer à repasser, mais ça c’est une autre histoire.)

NB : Toutes les photos m’appartiennent, prière de ne pas les utiliser sans mon autorisation.

Alors, regarde. Haïti, deux mois après.

Jalousie - Haiti

Quartier de Jalousie – Haïti

Deux mois déjà. C’est passé tellement vite, et pourtant c’est comme si, c’était hier. Je revois ces trois premiers jours. Les couleurs, les odeurs, les bruits. Ce sont toujours les mêmes, mais on ne les appréhende plus de la même manière. On se les ait appropriés, on les connais, on les touche du bout des doigts, ils ne nous semblent plus si lointains, si étrangers. On a marché dans ces rues, on a côtoyé ces gens. Cela nous appartient, un petit peu.

Plage de Kabic

Plage de Kabic

Vue sur Jacmel

Jacmel

 

Timouns ramenant de l’eau

Et même qu’on a une poule dans la cour. Et il paraît qu’il y a même eu des rats à un moment (vous m’auriez sans doute vu sauter sur ma chaise en criant). Et les ouvriers, ils montent aux arbres. Et puis, ici l’école se fait en français et on peut payer en dollars américains (on a un sérieux problème ici, les amis). On a l’impression que toutes les filles sont enceintes, et c’est pour la plupart vrai. Il y a des panneaux publicitaires, gros comme ceux de Coca Cola chez nous, pour des préservatifs, et pour du lubrifiant, qui est en fait de l’huile à moteur (je t’ai vu venir avec ton esprit mal placé). Et même qu’ici, on ne dit pas la terminale, mais la philo. Et un blocus, c’est un embouteillage. Le tremblement de terre, c’est goudougoudou et tous les haïtiens se rappellent où ils étaient le 12 janvier. J’ai eu mon premier accident de voiture, et vu mon premier mort. Je sais répondre quand on me parle en créole, et je peux baragouiner quelques mots. J’ai rencontré cette petite fille toute blonde qui se croit haïtienne. Les moustiques aiment définitivement trop mes pieds, et on m’entend venir de loin pour les chasser, claquant des mains pour éliminer ceux qui me tournent autour. Mon appartement, on dirait qu’il est fait pour qu’on y vive à 10, et même qu’ils m’ont acheté une table pour que je puisse prendre mon petit déjeuner dehors. Tout ici a une consonance religieuse, du barbier au bus, en passant par le supermarché et le salon de beauté, et l’on vous souhaite une bonne année fiscale.

Une femme tirant de l’eau à la pompe

On m’a dit qu’ici, c’est l’Afrique en dehors du continent africain. Les devantures de magasins sont colorées et le ramassage d’ordure n’existe pas, tout comme l’éclairage public. Il y a eu cette discussion complètement futuriste en créole sur mes cheveux dans la cuisine. Et deux demandes en mariage, et plusieurs collègues sont prêts à se dévouer si le prince charmant n’arrive pas. On m’a aussi demandé si j’étais écossaise à cause de mes jupes. Et il paraît que je pourrais très bien avoir 17ans. On m’a aussi demandé de l’argent parce que je suis blanche. Et j’ai bu des noix de coco sur la plage. J’ai été dansé et j’ai appris le folklore haïtien, mes muscles s’en rappellent encore. Ca nous a valu des bonnes crises de fou rire. J’ai vu des gens se jeter des pierres et des haïtiens en colère contre le système. J’entends parler d’élections et de changement. On m’a aussi dit qu’Haïti est surement un des pays les plus complexe dans lequel vivre. Mais moi, j’ai décidé qu’ici, il y avait de la magie. Un soir alors que je rentrais, les cigales chantaient (et oui, il y a des cigales en Haïti et vous savez à quel point, je les aime), le coucher de soleil parsemé la ville de rose, et je me suis soudain entendu dire que j’aimais Haïti.

Haiti market

Un marché en Haïti

Ce soir là, même que j’étais comme apaisé d’avoir trouver mes marques, d’avoir poser quelques points de repères.

NB : Toutes les photos m’appartiennent, prière de ne pas les utiliser sans mon autorisation.